Deux semaines chaud a l'est de la RD Congo

Ce vendredi 30 novembre est la date limite fixée par le gouvernement aux rebelles du M23 pour quitter la ville de Goma, dans l'est de la RDC. Un artisan de la paix au Sud-Kivu examine les retombées de ces deux dernières semaines. English.

La guerre qui a éclaté à l’Est de la RD Congo surtout avec la prise de la riche et stratégique ville de Goma par les rebelles du M23 continue de faire couler beaucoup d’ancre et alimenter les esprits. Cette guerre ne cesse de susciter questionnement et interrogation. Troublée, frustrée et révoltée, la population vacille entre plusieurs sentiments si bien qu’elle ne sait plus à quel saint de vouer. Un jeune homme confiait à ses voisins le jour de la prise de Goma : « Pourquoi seulement l’Est de la RDC serait toujours le théâtre de guerre et le point d’entrer de toutes les guerres ? ».

Une bonne question, lui dit son compagnon qui lui confie que son inquiétude, peut faire rebondir une autre question pour lancer un débat de spécialiste : « Qu’est ce qui se cacherait derrière ces guerres et qui en sont les véritables acteurs ? ».

Loin de répondre à ces questions de maître, nous voulons plutôt examiner les effets de la prise de la ville de Goma, les tensions suscitées auprès des militaires et civiles et enfin les actions de FARDC pour reverser la situation.

Les deux dernières semaines, notamment la prise de la ville de Goma, ont provoqué un mélange de sentiments forts auprès de la population du Nord et Sud- Kivu. D’abord, se souvenant des événements de 1996 lorsque les villes tombaient les unes après les autres sans résistance, la population s’est senti non protégée. Sans totalement blâmer les militaires, elle pense qu’un malaise serait entretenue dans l’armée. Ce malaise serait lié à l’organisation de l’armée, au paiement des salaires, à la traitrise au sein de l’armée et à l’existence d’un fractionnement au sein de l’armée. L'armée ne s’est pas encore remis de la maladie héritée du passé où les troupes obéissaient chacune sous l’ombre d’un commandement extérieur. Selon elle, la protection du territoire, la sécurisation des institutions et des populations étant parmi les rôles de l’armée ne pourrait être possible avec une telle armée.

De même, plus d’une personne constate qu’avec les événements de deux semaines passées, la RDC est victime d’une conspiration qu’on ne saurait identifier les tenants et les aboutissants. Avec un sol, flore et faune très riche, la RDC ne peut tranquillement présider à son destin sans être objet de convoitises des uns et des autres. Devant un paradoxe existentiel entre la richesse du pays et la pauvreté de la population, le sentiment de résignation est alimenté par beaucoup qui trouvent que ces richesses ne servent en aucun cas le congolais mais plutôt un poignet de gens qui continue à défendre à cor et à cri leurs intérêts et les intérêts leurs protégés, car comme dirait le proverbe africain : « Comment le cadavre connaitrait-il la valeur de son cercueil en or ? ».

Enfin, ces deux semaines n’ont pas manqué de faire de victimes. « Quand deux éléphants se bâtent c’est l’herbe qui en souffre » dit-on. La crise humanitaire qui a suivi est inacceptable: plus de 200 000 déplacés. Le déplacement de populations qui se déplacent encore à chaque conflit, leur déracinement, la fermeture des écoles, la présence des maladies diverses, la faim et le manque d’eau par inaccession des humanitaires aux sites de déplacés, ces faits constituent le drame que le monde refuse de croire et de prendre au sérieux. Une maman qui venait de mettre au monde des jumeaux s’exclamait le lendemain de la prise de Goma : « Fatiguée de marcher j’ai accouchée par miracle, voilà qu’après avoir parcouru des kilomètres à pied, je suis obligée de fuir encore de Goma. Sans aide ni assistance, comment mes deux bébés survivront ? »

Au Sud-Kivu, des humanitaires, des activistes de droit de l’homme et certaines couches de la population ont cherché refuge dans les pays voisins craignant pour leur vie et d’autres craignant l’avancée des rebelles. Des tracts ont été lancés à Uvira par les Mai Mai pour sensibiliser la population à se tenir prête pour défendre l’intégrité territoriale. Des coalitions de groupes Mai Mai ont été signalées et auraient pour objectif de consolider leurs forces pour combattre l’ennemi, qui selon certains serait le M23 et le gouvernement. Tels sont certains effets d’un conflit que la population trouve imposé et gratuit qu’on pouvait éviter.

Ces deux semaines ont suscité aussi des tensions fortes auprès des militaires et civiles. Sur leur route de repli ou de débandade, les militaires ont été objet des accusations de plusieurs agences humanitaires de perpétrer des exactions sur la population. Rebelles et forces loyalistes, tous sont pointés du doigt. Les forces régulières sont accusées d’avoir pillé à Goma lors de leur repli sur Sake. Les rebelles sont aussi pointés de doigt lors de la prise et occupation de Goma. Des corps ont été retrouvés sur les routes. On accuse aussi les rebelles d’avoir rassemblé les véhicules des humanitaires et autres agences pour les faire traverser au Rwanda. De même, des observateurs ont accusé les rebelles d’avoir violé les femmes à Goma et tracasser les activistes des droits humains et inquiéter les journalistes.

Ces tensions se dirigent aussi vers les forces de la MONUSCO qui sont accusées de complaisance et d’inefficacité. Nous avons entendu des gens qui comparaient l’attitude de la MONUSCO à celle des forces ONUSIENNES présentes au Rwanda en 1994. Cette accusation a fait que partout en RDC les langues se sont fait entendre pour condamner l’attitude de la MONUSCO et des jeunes se sont mobilisés pour s’attaquer aux installations et biens de la MONUSCO. Les actions des jeunes les plus marquantes contre la MONUSCO ont eu lieu à Bunia.

Il est difficile d’être exhaustif sur les tensions provoquées par les deux semaines passées, cependant mentionnons aussi les attitudes xénophobiques qui s’observent par ci par là. Au nord et au Sud kivu, on craint que les derniers événements ne réveillent les démons qui dorment, si bien que les gens soupçonnés justement ou pas d’être rwandais soient visés par les autochtones et subissent des discriminations à cause soit de leur morphologie, langue ou accent . Dans la plaine de la Ruzizi au Sud Kivu, le conflit lié à la terre et au pouvoir entre les Barundi et les Bafuliru serait fortement influencé par les événements de deux semaines au Nord Kivu si bien que le sentiment de haine et de méfiance serait bien installé, les Bafuliru craignant que ce qui arrive au Nord Kivu avec les M23 ne se répète chez eux avec les Barundi et les Banyamulenge.

Enfin, l’humiliation de l’armée congolaise ne s’est pas passé sans que certains hauts gradés de l’armée ne soient sanctionnés. Le chef d’état major de l’armée de terre, Le général Amissi Tango Fort a été suspendu de ses fonctions et remplacé par Le général Olenga. Les raisons de la suspension de cet ancien patron de l’armée seraient qu’il est impliqué dans le traffic des armes avec les groupes armés opérant à l’Est de la RDC. D’autres sources cependant révèlent que cet ancien patron des FARDC aurait des liens avec les rebelles de M23.

Des militaires qui ont quitté les fronts ont été aussi sanctionnés. Le Nouveau patron de terre indique après avoir passé quelques jours à Minova, que son armée est prête pour reconquérir Goma et bouter l’ennemi dehors. Beaucoup de congolais ne lui font pas confiance car disent-ils, par quel bâton magique viendrait-il mettre de l’ordre dans une armée qui n’a fait que subir des défaites et n’a jamais gagné une bataille. Ventre creux n’a point d’oreilles renchérit la population qui exige d’abord qu’il faut bien payer les militaires, bien les nourrir au front et bien les organiser avant de crier haut ses exploits. S’ajoute aussi le phénomène Mai Mai. Jusque là, le sentiment populaire faisait état de l’intention du gouvernement d’éliminer les groupes Mai Mai. Mais la population qui a foi aux Mai Mai a toujours condamné l’attitude du gouvernement.

La population n’a jamais digéré l’action du gouvernement qui a promu les éléments du CNDP aux hauts rangs de l’armée tandis qu’il n’a rien fait pour les Mai Mai. La population trouve que le gouvernement doit assumer ses responsabilités car c’est lui qui a armé et hissé le M23 au haut rang et lui a confié la sécurité de tout l’Est de la RDC, si bien que l’Est était pris avant même que la guerre n’éclate.

On observe aujourd’hui qu’une certaine tolérance du mouvement Mai Mai est entrain de faire surface dans les rangs des FARDC. On peut citer par exemple, l’attaque de Sake la semaine dernière par le coalition FARDC et MAI MAI. Pour le meilleur ou le pire, les coalitions M23-Rwanda, FARDC-Mai Mai, la suite des événements à l’Est nous réserve des surprises dans tous les rangs que ceux qui continueront de vivre, verront.

En définitive, Il importe de constater que l’ Est de la RDC est devenue une poudrière qui réserve une surprise à l’ensemble de la région que les analystes et spécialistes de la région ne pourront bien appréhender. Une chose est sûre, le train de l’embrasement de tout l’espace de grands lacs est bel et bien en marche. Nous osons ainsi espérer que ceux qui mettent le feu à cette région seront en mesure de proposer des mécanismes pour l’éteindre. Si non, il est grand temps d’anticiper! On ne peut se frotter les mains, quand la case du voisin brûle dit-on.

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GJ is a peacebuilder from the Kivus, eastern DR Congo. GJ's name is protected for security reasons.