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Le coût du crime masculin

Les hommes sont dans une très large mesure, le sexe responsable de crimes violents, sexuels et autres crimes sérieux. Le coût économique de cet « excès masculin » dans la délinquance est ahurissant ? sans parler du prix émotionnel. Pourquoi la structure sociale de la masculinité n’est-elle pas une question politique urgente ?

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Il y a quelques mois, nous avons écrit un article dans le Guardian sur le coût de la criminalité masculine pour la société du RU. Notre article a suscité une avalanche de commentaires négatifs, principalement d’hommes le rejetant comme une haine des hommes et/ou comme un appât d’hommes. Nous revenons sur cette question maintenant, en invitant à une discussion raisonnée. Des actes antisociaux qui nuisent au bien-être – de la vitesse excessive en roulant au meurtre calculé ? sont commis de maniière écrasante par des hommes. Les coûts humains et émotionnels de ce que nous appellerons ‘l’excès masculin » en criminalité sont très importants. Mais certains des coûts économiques et sociaux pour la société peuvent être estimés. Ils méritent une réponse politique sérieuse. 

Les statistiques gouvernementales et les rapports sur les crimes accordent une grande attention au type de délit et à la victime du crime. On doit creuser très profondément dans les nombreux tableaux pour trouver des chiffres séparés pour indiquer  le sexe du délinquant  ? pourtant, quand ces chiffres sont mis en évidence, ils sont saisissants. Prenez la simple « criminalité ». Du tiers de millions de personnes trouvées coupables d’un délit passible de poursuites en Angleterre et dans le Pays de Galles pendant 12 mois se terminant en juin 2012, 85% étaient des hommes. Plus le crime est violent et plus il y a d’hommes.

Dans le tableau unique au tréfonds du trimestriel du ministère de la justice Criminal Justice Statistics Bulletin pour l’Angleterre et le Pays de Galles on apprend que les hommes constituaient 88% de ceux qui ont été trouvés coupables de violence contre une personne et plus de 98% de ceux-ci commettant des délits sexuels.

Descendez au niveau ordinaire de fautes non violentes et la configuration de genre, bien que moins extrême, persiste. Prenez « vols et recel de biens volés » un crime habituellement attribué à des femmes : les hommes dominent encore avec 79% des délinquants. Dans « les avis de pénalisation pour désordre » émis en Angleterre et le Pays de Galles, 76% ont été remis à des hommes ; et les hommes ont été 83% à être pointés par la police en « réprimandes et avertissements ». Sur les 21.645 ASBOs (ordonnances de comportement antisocial) émis en 2011, 86% ont été destinés à des hommes.

Et l’indiscipline de genre est déjà présente dans les écoles où les garçons sont quatre de cinq élèves recevant des ordres d’exclusion.  

Néanmoins, il y a apparemment peu d’intérêt parmi les décideurs politiques au sujet de cet excès masculin de comportement antisocial. Un Bulletin copieux de statistique du ministère de l’Intérieur intitulé Homicides, délits armés et violence intime 2010/11, ne mentionne pas le sexe du délinquant dans aucun de ses 61 tableaux. Une phrase superficielle dans le texte observe que 90% de ceux qui sont condamnés pour homicide sont des hommes. Il n’y a pas davantage de commentaire. Le bulletin du département national de statistiques sur Les crimes violents et les délits sexuels souligne le sexe de la victime et l’âge du délinquant, mais de nouveau glisse dans une seule référence le sexe du délinquant. Oui, 86% sont masculins. Une publication sur des statistiques de crimes au couteau préparée pour des membres du Parlement s’ouvre avec les mots, « La question du crime au couteau continue à être haut dans l’agenda politique à cause d’une série d’incidents tragiques avec un couteau ». Cependant, alors que l’analyse et les tableaux qui l’accompagnent disent beaucoup sur les victimes, on laisse deviner le genre des attaquants au couteau. Une simple allusion est fournie par l’auteur qui laisse glisser un pronom masculin en déclarant « C’est un délit?pour une personne d’avoir avec soi (for a person to have with him) une quelconque arme offensive dans n’importe quel lieu public ».

 Le ministère de la Justice évalue le coût moyen pour la société du traitement des incidents dans les différentes catégories de crimes. Dans la stratosphère violente où les hommes sont dans les 90%,  un cas d’homicide est estimé à un coût de £1,7 millions ; un délit sexuel à £36.952 ; une blessure grave à £25.747. En dessous, il y a le vol (où les femmes font leur vol à l’étalage) le coût pour la société est à peine de £763 par paquet de pantys. Combien épargnerait-on de « coûts de crime » si les hommes se comportaient comme les femmes ? Malheureusement, dans les statistiques du ministère de la Justice la catégorie de crime n’est pas spécifiée en des termes qui permettraient une comparaison avec les chiffres du ministère de l’Intérieur. Mais on peut risquer une estimation. Un rapport du ministère de l’Intérieur publié en 2005 a estimé le coût total des crimes contre des individus et des ménages en Angleterre et dans le Pays de Galles par période de douze mois à £36,2 milliards. Les crimes violents reviennent à près des trois quarts du total du coût des crimes (£27 milliards par an) et les hommes sont habituellement autour de 88% des délinquants. Ceci revient à un chiffre approximatif pour le coût de crimes violents par des hommes à £24 milliards par an. En utilisant le même calcul, les crimes violents de femmes coûtent quelques £3milliards par an. La différence entre ces deux montants, £21 milliards, on peut les qualifier « d’excès masculins » Ce calcul est seulement pour les crimes violents. Si on inclut une estimation approximative pour les autres catégories de crimes, on peut ajouter £6 milliards à l’excès masculin.

 On peut encore mettre autre chose sur la facture masculine ? Le prix de garder beaucoup d’hommes en prison. Les chiffrres pour le ministère de la Justice pour la population « sous garde » en Angleterre et dans le Pays de Galles à une date récente (30 septembre 2012) indiquent un total de 86.457 individus dont 95% d’hommes. Ceci n’est pas atypique ? Des statistiques sur plusieurs années montrent que les hommes représentent plutôt de manière constante 19 sur 20 du total de la population carcérale. Le prix calculé d’une place en prison est de £39.573 par an. Si les hommes commettaient des délits passibles de condamnation à la prison au même rythme que les femmes, la population carcérale totale tomberait au dixième de sa taille actuelle, avec une épargne pour les finances un peu plus élevée que £3 milliards par an. Si on additionne ces trois montants approximatifs (£21 milliards, £6 milliards et £3 milliards), on arrive à un joli  montant rond de £30 milliards de coûts d’excès de crimes masculins pour l’année 2012. Pour donner une proportion?pendant cette année l’emprunt net du secteur public de la nation, le déficit qui met actuellement les finances sur les genoux, s’est élevé à un montant pas beaucoup plus élevé que quatre fois ceci - £125,7 milliards.

Curieusement, une préoccupation pour « l’égalité de genre » obscure ces faits. Afin de remplir la disposition « égalité » dans la loi de justice criminelle de 1991 ; le ministère de la Justice  publie des rapports annuels intitulés Les femmes et le système de justice pénale. Ceux-ci se concentrent exclusivement sur les femmes en reproduisant les statistiques déjà bien ressassées de femmes comme victimes, comme suspectes, comme inculpées et comme détenues en prison. Ils produisent certains faits intéressants et poignants. On apprend, par exemple, que le taux de prisonnières qui se font elles-mêmes du mal pendant leur temps en prison est dix fois plus élevé que dans le cas d’hommes. Mais là où « genre » est interprété comme « femme », les hommes restent dans l’ombre. Une analyse comparable de  Hommes et le système de justice pénale pourrait être juste suffisamment explosive pour provoquer une réponse politique.

Telle qu’elle est, une préoccupation pour « l’égalité de genre » pourrait même réclamer que les femmes paient la note pour les crimes masculins. Pensez à la conduite. Les hommes roulent plus que les femmes et sont responsables de la majorité des délits de roulage. Dans les douze mois se terminant à la fin de juin 2012, 94% des délits de roulage passibles des tribunaux ont été commis par des hommes. Il est trois fois et demi plus probable qu’un homme se trouve devant un tribunal pour conduite téméraire qu’une femme. Tout cela est très bien connu de ceux qui font les calculs d’actuariat sur lesquels sont basés les primes d’assurance, de sorte que traditionnellement les femmes ont payé moins que les hommes pour leur assurance auto. L’an dernier, cependant, la Cour européenne de justice a estimé que c’était en contradiction avec la loi sur l’égalité de genre, ordonnant aux assureurs de traiter les conducteurs hommes et femmes identiquement, malgré l’énorme différence du taux de risques. Résultat : les primes des femmes ont vu une augmentation de +/- 14% alors que le montant moyen des hommes diminuait de  presque 5%.

Année après année, on s’abstient de connecter le lourd fardeau du comportement antisocial masculin au système social et économique dont il fait partie. Où est la recherche des raisons et des remèdes ? Au lieu de relier les points et d’en tirer des conclusions, on traite chaque article d’information  d’effraction comme un nouveau scandale choquant, un cas spécial. Jimmy Savile est présenté, avec d’autres célébrités masculines pédophiles. La réponse de la police, prête et en attente, est « on a besoin d’une meilleure protection des enfants ». Personne ne pense à demander, « Mais qu’est-ce qu’ils ont donc, ces hommes, avec le pouvoir ? Un massacre dans une école retient la une des journaux. On peut être sûr qu’il s’agit que l’auteur est un homme. Mais la réponse de la police est « renforcer le contrôle  des revolvers». Ce n’est pas, « Mais qu’est-ce qu’ils ont donc, ces hommes, avec les revolvers ? » Dans presque tous ces récits de crime violent l’homme comme mâle, l’homme comme masculin, reste un personnage dans l’ombre derrière le texte. Il n’est jamais sous le feu des projecteurs. On ne l’entend pas être questionné. On ne l’entend pas répondre.

Nous devons sonder plus profondément pourquoi et comment notre culture produit des hommes et des garçons avec une propension à un comportement antisocial et violent. On ne peut pas l’attribuer au chromosome Y. Les gènes ont peu d’effets, à moins, et jusqu’à ce qu’ils soient activés par la croissance de l’environnement social d’un individu. Et notre environnement est une société inégale malsaine qui non seulement autorise une masculinité encline à la violence à prospérer mais l’encourage positivement, par une éducation dans les écoles, le sport, les divertissements et les médias ? sans parler de l’eentraînement militaire. Le corps masculin est développé sciemment comme une force de coercition. L’homme idéal est façonné comme un personnage chez qui les émotions plus douces sont réprimées, en faveur de la combativité, la prise de risques et l’empressement à la violence. La féminité est produite sur un mode complémentaire, en contraste avec la masculinité, mais accommodante dans un système fonctionnant par les qualités et les valeurs considérées comme masculines. Ce processus emphatique des genres peut bénéficier au patriarcat, au capitalisme et à l’état-nation, mais il nuit gravement aux femmes, aux enfants ? et aux hommes. Tout le monde a un intérêt humaiin dans une transformation radicale des relations de genre. Et maintenant.    

 

 

 

 

About the authors
Ann Oakley is Professor of Sociology and Social Policy at the Institute of Education, University of London, with a particular interest in the relationship between social research and public policy

Dr. Cynthia Cockburn is a feminist researcher and writer, honorary professor in Sociology at City University London, and at the Centre for the Study of Women and Gender, University of Warwick. She lives in London. Her new book is Looking to London, published this month by Pluto Press.


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