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L'Europe? Une République! Une histoire de l'Europe au 21e siècle

Europe is now almost completely integrated in terms of economic and monetary policy. So European integration is yesterday’s word; tomorrow’s is European democracy. We all are Europe! English. Deutsch. (8,907 words)

L'ambition de cet écrit est de poser sur l'Europe un regard tout à fait neuf. Son objet est de réfléchir à la possibilité d'une utopie européenne pour le 21e siècle : ce n'est plus l'idée d'Etats-Unis d'Europe, mais d'une République d'Europe. Cette proposition répond au besoin d'un nouveau « narratif ». Cet écrit n'est pas non plus un texte ordinaire sur l'Europe, un peu ennuyeux, technique, déroutant, ou sec parfois. Pour l'essentiel, ce texte plaide en faveur de l'émancipation de l'Europe. Il porte sur la République d'Europe, mais aussi il y est aussi question de liberté, de taureaux et de bonnets et, enfin et surtout, de femmes ! Quel rapport avec l'Europe ?[1]

La question européenne

Voici le symbole de l'Europe, mais ce symbole ne fonctionne plus. Ce symbole est devenu  le symbole d'une technocratie, d'un système fantoche, un marché sans Etat, une monnaie européenne sans démocratie européenne. Cette image des étoiles manipulées par un marionnettiste2 n'a pas été tirée du cerveau d'un populiste ; c'est l'image choisie par le plus célèbre des philosophes allemands vivants, Jürgen Habermas, pour la couverture de son nouveau livre, The Lure of Technocracy3 (NdT : le leurre de la technocratie).

Nous vivons dans un système formel de gouvernance européenne, qui a perdu la fonction essentielle d'un système politique, laquelle est de pourvoir au bien public. Les mots à la mode qui reviennent dans la négociation sur la crise de la zone euro sont : « gouvernance », fédération, intégration, réformes structurelles, croissance, compétitivité, subsidiarité. Aucun de ces mots n'est clair ; aucun de ces mots n'est chaleureux ; aucun de mots ne repose sur un fondement normatif ; aucun de ces mots n'engendre une vision pour l'Europe ou n'unit ses citoyens pour un bien commun et pour une fin commune, car ce sont tous des principes formels d'organisation. 

En l'état, le système de l'UE, c'est la post-démocratie en acte ou, comme le dit Colin Crouch : « vous pouvez toujours voter, mais vous n'avez pas le choix ». Quiconque s'oppose aux politiques actuelles de l'UE doit aussi s'opposer au système lui-même. C'est exactement ce que démontre la situation en Grèce : c'est troika et institutions contre peuple grec. Nous sommes évidemment tellement perdus désormais sur le chemin de l'Europe que nous sommes maintenant face à ce dilemme, une situation inextricable : dans les conditions actuelles du système européen, la démocratie ne peut produire les solutions dont nous aurions besoin pour que l'union monétaire fonctionne, démocratiquement et socialement, dans l'intérêt de chacun.

D'une manière ou d'une autre, aucun d'entre nous ne peut imaginer un futur sans Europe, vivant comme nous le faisons tous ensemble sur le même continent ; mais, d'une manière ou d'une autre, cette UE touche à sa fin. Elle est épuisée, incapable de se réformer ; elle n'est plus capable d'obtenir le soutien de la majorité. L'UE semble être un modèle politique mourant – un modèle contre lequel certains protestent maintenant avec véhémence.

 

Dans les trois gros Etats membres, Allemagne, France et Royaume-Uni, plus de gens sont contre l'idée d'Etats-Unis d'Europe qu'en sa faveur.4  Moins de 50 % des citoyens européens sont satisfaits de la démocratie européenne dans sa forme actuelle.5  Cela prouve que l'idée d'Etats-Unis d'Europe n'a plus cours du tout, politiquement. Et cela soulève vraiment la question de savoir ce qu'il faut faire dans ce moment quasi-hégélien, où un système est épuisé, mais où le pouvoir de se réformer lui fait défaut, gelé qu'il est, dans un état de choc, face au risque populiste.

Dans une interview récente sur Spiegel Online, l'économiste français Thomas Piketty est allé jusqu'à dire : « Nous avons créé un monstre ».6 Un monstre, autre dit, un système politique où nous avons séparé l'Etat du marché par le Traité de Maastricht (1992), un système où les décisions sur la monnaie et l'économie sont prises à l'échelle de l'Europe, tandis que les décisions relatives aux politiques fiscales et sociales sont laissées pour la plupart aux gouvernements nationaux. Cela ne peut pas marcher.

 

Cette citation du philosophe italien Antonio Gramsci s'pplique ici:

«La crise consiste justement dans le fait que l'ancien meurt et que le nouveau ne peut pas naître : pendant cet interrègne on observe les phénomènes morbides les plus variés ». C'est exactement la situation de l'Europe, et de l'EU d'aujourd'hui: la vieille Europe se meurt, et la nouvelle ne peut pas apparaître. L'Europe est prise dans une « contradiction improductive »7. Nous abandonnons le projet politique européen aux Etats-nations, mais ce sont eux, justement, qui sont incapables de créer l'Europe. Ou, comme le regretté Ulrich Beck le disait : « Tant que nous laissons aux Etats eux-mêmes autorité sur l'intégration européenne, l'Europe ne peut pas voir le jour. »8

Pour être plus précis : le rôle central du Conseil européen dans le système de gouvernance de l'EU est un obstacle systémique à des solutions européennes9. Les coûts des solutions harmonisées sont nationalisés. La solution européenne ne fonctionne pas car les « intérêts nationaux » sont invoqués.

Prenons une minute pour parler de la Grèce, non seulement parce qu'elle est d'actualité, mais surtout parce que le discours tenu sur le sujet est si honteusement chauvin. Des rumeurs courent déjà sur l'éventualité d'un Grexit, dont les marchés financiers auraient déterminé le prix. Tandis que j'écris ces lignes à la fin de juin 2015, nous allons de nouveau d'un « sommet de crise » vers un autre « plan de sauvetage » sans apercevoir la fin de cette discussion désastreuse et faussée, ni discerner dans la recherche d'un accord une quelconque vision pour l'Europe. Les négociations tournent en rond, parce qu'elle n'ont pas de point de mire, que l'Europe devrait viser. Une fois encore, la Grèce titube en direction de la banqueroute – et maintenant d'un référendum – et il est facile – beaucoup trop facile – de blâmer surtout le gouvernement grec.

Dans cette controverse, les autres Etats membres sont trop tentés d'agir passivement, ce qui détourne notre attention des fautes commises, des interconnexions symbiotiques entre les pays de la zone euro, et de problèmes structurels qui ne peuvent être imputés à la Grèce en particulier. Dans le discours actuel sur le sujet, la banqueroute qui menace la Grèce et sa sortie possible de la zone euro sont présentés comme un seul et même problème, purement national, ce qui n'est pas exact, en termes économiques. Il est largement reconnu maintenant que la Troïka a commis plusieurs fautes graves. Tout plan grec de réformes doit être couplé désormais avec un plan de réforme en profondeur de la gouvernance de la zone euro.

Il existe notamment un large accord entre des économistes du monde entier sur les effets de la politique d'austérité imposée à la Grèce par ses créanciers, plus nocifs que bénéfiques.10 Ce n'est pas le lieu de détailler les nombreux aspects de ce débat d'économistes. Ce qu'il importe de noter, c'est comment la question est traitée dans le discours européen : nous nationalisons nos problèmes, nous fonctionnons en pointant du doigt les torts des uns et des autres, en divisant l'Europe entre un Nord et un Sud, et nous ne nous vivons vraiment pas comme une communauté qui se serrera les coudes quoi qu'il arrive. Voilà exactement le problème de l'Europe !

Cela vaut aussi pour la discussion sur les réfugiés en Méditerranée : si un chef de gouvernement – je ne nommerai pas un pays en particulier – peut rentrer d'une réunion du Conseil européen où la question a été traitée et se contenter d'annoncer à la télévision nationale : « J'ai reçu de l'UE l'assurance qu'aucun réfugié n'entrera plus dans notre pays », alors l'Europe se tourne en ridicule : voilà bien l'état actuel des choses !

Cette Europe d'aujourd'hui est comme une triple perversion de toutes les valeurs que l'Europe prétend défendre, ce qui lui a valu le Prix Nobel de la Paix ; liberté, démocratie et une économie sociale de marché. Par conséquent, l'Europe souffre de sa propre négation : chaque fois que l'Europe se renie, qu'elle renonce à ses valeurs, l'Europe ne peut pas exister ! L'Europe marche sur la tête. Le moment est donc venu de mettre l'Europe sur ses pieds, de se remémorer ce qu'elle était censée être à l'origine.

Dès 1964, Walter Hallstein, le premier président de la Commission européenne, disait : « Le but de l'Europe est et doit rester de prévaloir sur les nations individuelles et d'organiser une Europe post-nationale. » Aujourd'hui, au commencement du 21e siècle, il est grand temps de s'en souvenir, une fois encore. C'est dans l'idée fondatrice de l'UE que réside aussi le futur de l'Europe ! Avant que vous commenciez à penser que je veux « plus d'Europe » et « plus d'intégration », permettez-moi de vous assurer qu'il n'en est rien. C'est ce que je veux pas : je voudrais voir une Europe vraiment différente, pas plus de la même.

Mais, par-dessus tout, je voudrais que nous quittions ce mode discursif de la verticalité, où nous semblons toujours établir une hiérarchie entre l'UE et ses Etats membres – soit plus de pouvoir pour l'Europe ou plus pour les nations individuelles, plus de droits pour le Parlement européen ou plus pour le Bundestag allemand. Je veux plutôt que nous commencions à comprendre que nous tous sommes l'Europe ! L'essentiel aujourd'hui, ce n'est pas plus d'intégration, puisque l'Europe est maintenant presque complètement intégrée en termes de politique économique et monétaire. Pour l'Europe, « intégration » est donc un mot d'hier ; pour l'Europe, le mot de demain, c'est « démocratie ». Le problème est que l'intégration politique et sociale n'a pas suivi l'intégration économique ; elle est maintenant déphasée par rapport à l'économie européenne. L'essentiel aujourd'hui est donc de construire une démocratie européenne transnationale qui aille au delà des Etats-nations – si nous convenons tous que nous ne souhaitons pas faire reculer l'euro, mais que nous n'avons aucun désir de subir plus longtemps cet interrègne « monstrueux ».

La réalité et le discours européens : des Etats masculins et des femmes républicaines.

Rien ne montre mieux que cette vidéo (video-clip 5) que les frontières vont et viennent, mais que l'Europe demeure. C'est saisissant ! 

L'Etat, le Léviathan masculin, les Etats-Unis d'Europe , viennent du 20e siècle, et c'est le passé. « Les frontières sont tellement eighties » était un slogan sur les affiches du Parti Pirate pour les élections européennes de 2014. La vision de l'Europe du 21e siècle que nous voulons offrir ici est celle d'une République d'Europe. Au 21e siècle, le projet européen doit être représenté par un nouveau concept et c'est pourquoi – nomen est omen – il a aussi besoin d'un nom nouveau ! Mais une image vaut mille mots, permettez-moi donc de faire maintenant un rapide détour par l'art et l'histoire de la culture et de vous montrer quelques images sur lesquelles vous tombez quand vous faites une recherche en ligne au mot « Europe » : l'histoire des beaux-arts en particulier contient déjà un récit d'Europe merveilleusement fort. A nous de l'explorer.

Commençons par une image riche de sens. C'est une représentation de la liberté, peinte en 1891 par Arnold Böcklin. Elle donne à voir la liberté comme une femme portant tous les emblêmes du pouvoir : sur un bras, l'aigle, personnification du pouvoir séculier et animal héraldique encore visible aujourd'hui sur beaucoup d'armes et de drapeaux, sur l'autre bras, la palme, illustration de la Res Publica Christiana. Cette plante sempervirente est une expression de la toute-puissance divine. L'image est circulaire : la liberté règne sur le monde. Simplement appuyée contre un rocher, elle est debout sur les nuages, son royaume est infini, et elle gouverne par delà les frontières et les nations.

Sur la tête, elle porte -  et c'est significatif pour la suite -  une coiffe rouge, le bonnet phrygien de la Révolution française. Peint en 1891, ce bonnet est le symbole de la révolte contre les autorités. C'est  le bonnet républicain d'un peuple souverain. Le bonnet phrygien appartient à une tradition millénaire : les Amazones l'auraient porté tandis qu'elles assiégeaient l'armée thrace. Le bonnet symbolise – mais vous êtes autorisés à sourire – les testicules du taureau, qui se portaient à l'origine sur une cordelette enserrant la tête, comme une marque de puissance ; le bonnet phrygien serait donc à l'origine une figure des attributs du taureau.

Cette image de « Liberté » selon Böcklin ne ressemble en rien à l'Etat monolithique, qui est décrit comme un homme, puissant, paré des regalia : couronne, sceptre et épée – l'Etat-nation  monolithique qui déchire l'Europe, et l'empêche de naître. Je le répète : la femme d'Europe, la femme que Böcklin peint sous les traits de la liberté – cette femme a été enlevée par un taureau, un mâle ! Les beaux-arts nous apprennent aussi que Marianne, la meneuse républicaine de la Révolution française, est une femme portant le bonnet phrygien.

Une femme, liberté, le bonnet phrygien – comme symbole d'émancipation et comme symbole de la République – se dresse contre l'Etat (-nation), les frontières et le pouvoir (masculin) : trois imaes expressives qui nous disent que l'Europe est une femme, que la république est une femme et que la liberté est une femme.

« La République européenne est en construction », cela veut dire, en d'autres mots, le renversement du Léviathan masculin, l'Etat-nation. L'Europe est liberté, elle s'affranchit de l'Etat-nation : l'Europe n'est démocratique, l'Europe n'est libre, l'Europe n'est possible que si elle est une République !

La comparaison avec des images de l'Europe d'aujourd'hui est intéressante.

Comme vous  pouvez le voir, ce sont des hommes qui dominent le discours actuel sur l'Europe ! Nous le voyons bien sur cette image. C'est ce que découvrons chaque fois qu'une discussion est en cours au sujet de l'Europe ; à la Banque centrale européenne, au Conseil européen, sur les plateaux de télévision, au Tribunal constitutionnel allemand de Karlsruhe ou aux réunions de l'eurogroupe pendant la crise grecque: seulement des hommes ! Des hommes, surtout des juristes et des économistes, la plupart âgés : ce sont eux qui « parlent » et « agissent » en matière d'Europe, et par conséquent la discussion tourne autour des frontières et des intérêts nationaux ; le côté féminin, sans frontière, républicain, social et jeune de l'Europe n'a pas sa place !

Mais l'Europe, c'est aussi – et, oui, vous pouvez rire : Conchita Wurst.

Au concours Eurovision de la chanson 2014, Conchita Wurst a gagné le cœur de millions de spectateurs avec son titre « Rise like a Phoenix ». Conchita Wurst est l'Europe. Beaucoup ont compris qu'elle s'adressait à eux et l'ont vue comme une figure de l'Europe. Et nous devrions vraiment en être fiers : la victoire de Conchita n'était possible qu'en Europe. Il est difficile d'imaginer qu'elle ait lieu en Chine ou en Russie, ou même aux Etats-Unis d'Amérique. Qu'est-ce que cela signifie maintenant pour l'Europe au 21e siècle ? Soit dit en passant, pour pousser l'idée un cran plus loin, quittons un instant Conchita Wurst pour Mona Lisa de Léonard de Vinci.

Dans un brillant essai,12 Sigmund Freud décrit comment la Joconde reflète l'homosexualité (assumée) de Léonard de Vinci et déclare que Mona Lisa est vue si belle par tant de gens parec que, justement, si vous la regardez vraiment, vous ne pouvez pas dire si elle est un homme .. ou une femme : elle est l'unité de l'homme et de la femme ! 

Le côté féminin, républicain et social doit donc être inclus dans le récit européen : l'Europe est une entité politique par delà les frontières nationales, et c'est exactement ce que « république » veut dire : depuis le Moyen Age, une république est la personnification d'une communauté transnationale et d'un système juridique.13

Allons plus loin : si nous regardons les premières présentations cartographiques de l'Europe dans l'histoire – l'Europe comme res publica europea à la suite de la res publica christiana – voilà ce que nous voyons:

Cette carte date de 1537 et elle montre un corps de femme dans lequel, et sa robe sous laquelle, chaque monarchie ou « nation » (l'Etat-nation n'existe pas à l'époque) ou région ou peuple ou groupe ethnique trouve sa place naturelle et organique. Le symbolisme de cette carte nous dit que chacun a sa place et son espace – et même une fonction particulière – dans le corps organique de l'Europe : l'Espagne (alors la monarchie des Habsbourg) est la tête, la France la poitrine, l'Allemagne le cœur, le Danube l'aorte etc. Ils ne peuvent vivre qu'ensemble : pas de tête sans poitrine, pas de cœur sans tête etc. Pour le Royaume-Uni d'aujourd'hui – qui se débat dans un débat idiot et faussé sur le « Brexit », le message symbolique est clair : avec le Danemark, le Royaume-Uni d'aujourd'hui (nommément l'Angleterre) constitue le bras gauche qui – surout – tient le sceptre, symbole du pouvoir temporel. Si vous coupez le bras, l'Europe est amputée, mais le bras gauche mouurait : un bras ne vit pas tout seul ! Avoir sa place en Europe comme un organe dans le corps, c'est très différent du discours actuel en Europe sur « la perte de l'identité ». A mon vais, la mémoire collective, historique et émotionnelle, que véhiculent de telles cartes devrait nous inspirer de nouveau. Nous voyons aussi que la Galicie est une des régions situées dans les plis de l'ample robe longue d'Europe, et les Ukrainiens d'aujourd'hui sont donc dedans. Nous voyons aussi que l'Europe s'arrête au Bosphore, ce qui peut expliquer quelques-uns des problèmes que nous avons aujourd'hui au sujet de l'entrée de la Turquie dans l'UE. 

Il existe d'autres messages sur cette carte, qui date d'une époque où l'on devait encore lire des images, car la plupart des gens étaient illétrés. En vérité, c'est très important que l'Europe soit une femme, portant une robe, longue, ample et lisse. L'allégorie offre protection, sécurité, fertilité, nutrition et  – ce n'est pas la moindre des choses – beauté. Nous ne trouvons rien de tout cela dans l'UE (masculine) d'aujourd'hui. Le moment est venu d'inventer notre futur à partir de notre histoire ! Enfin, l'image nous montre que chaque région, chaque peuple d'Europe – Gallia, Teutonia, Scotland, Venezia, Catalania, Bulgaria, Grecia – peut demeurer ce qu'il est, est nécessaire comme il est, n'a pas besoin de monter en puissance dans une fédération d'Etats-nations, dans une bouillie d'unité, un mélange infâme, qui prête à tant de controverses, avec l'UE placée au sommet, privant chacun de son identité et de ses compétences. Au contraire, la carte nous dit qu'en Europe on ne perd pas son identité, mais qu'on apporte son identité à la res publica europae, au bien commun de l'Europe, qui se présente à nous – c'est en termes symboliques de la plus haute importance – comme un corps commun. Comme vous pouvez le voir, cette carte résout la question actuelle de l'Ecosse et de la Catalogne, et la banalise : l'une et l'autre – et d'autres – pourraient très bien vivre sous le toit d'une res publica europae, une République d'Europe, offrant aux citoyens l'égalité de droit, si nous n'étions pas pris dans un discours sur les nations et la subsidiarité. L'Europe est le toit juridique commun ; sous ce toit chaque peuple est autonome.

L'Europe comme République et le principe de l'égalité politique.

Ainsi, nous l'avons vu : les frontières nationales vont et viennent ; fondamentalement, c'est un artefact de l'histoire, fabriqué par les hommes, une fiction, tandis que les régions sont une réalité authentique, un chez-soi (Heimat) pour chacun.14 Dans ce contexte, il importe de se souvenir que l'Europe, jusque vers 1880, avait beaucoup moins de frontières qu'aujourd'hui et que vous pouviez voyager de Paris à Pétersbourg sans passeport.

Nous avons de nouveau déconstruit les frontières : l'espace Schengen et l'euro sont des exemples des efforts contemporains pour abattre des frontières en Europe. Cependant, il semble que nous ne voulions pas abandonner d'autres frontières beaucoup plus importantes, des frontières nationales que nous maintenons contre l'Europe, quand il s'agit d'administrations, de questions fiscales ou sociales, et qui empêchent l'émergence – et l'émancipation – d'une véritable entité politique européenne.

Le Léviathan national met encore l'Europe à genoux. En voici quelques exemples :

Le premier est la localisation des principaux clusters industriels en Europe. Il n'est pas difficile de voir que ceux-ci ne sont pas organisés « nationalement ». Nous pouvons voir des clusters industriels transnationaux, mais surtout nous pouvons voir une grande inégalité entre le centre et la périphérie de l'Europe ; et une grand inégalité entre des zones urbaines et des zones rurales. C'est le cas dans toute l'Europe et même à l'intérieur de l'Allemagne.15 Et c'est tout dire : nous concevons toujours nos politiques européennes en suivant des frontières nationales, qui n'existent déjà plus dans l'industrie et dans la chaîne logistique depuis un certain temps.

Par exemple : une automobile allemande n'est pas allemande du tout : ses sièges en cuir viennent d'Italie, ses pneus de France ou ses écrous de Slovénie, mais elle finit toujours par être comptée dans les statistiques des exportations de l'Allemagne. Ainsi, des économies nationales comme celle de la Slovénie sont largement dépendantes de la chaîne logistique allemande et, dans ce sens, ne sont plus des économies nationales autonomes.16

C'est, encore une fois, ce que je veux dire : nous mesurons à une échelle nationale des choses qui ne peuvent plus être mesurées à une échelle nationale, des choses comme la productivité, les exportations etc. Cela n'a pas beaucoup de sens de mesurer des statistiques d'exportations sur une base nationale dans une union monétaire. Nous ne mesurons pas des différences d'exportations entre les Etats allemands de Hesse et Schleswig-Holstein, par exemple.

Qui plus est, nous autorisons les Etats membres à se concurrencer. Au lieu de voir l'Reurope comme une grande économie commune, avec un compte pour tous, nous plaçons les Etats – et pas extension les citoyens -  en concurrence entre eux : nous fonctionnons à l'intérieur d'un même chaîne logistique avec des normes sociales inégales, des impôts inégaux, des salaires inégaux et des droits sociaux inégaux. Ces dernières années, l'Allemagne, en particulier, a causé du tort à d'autres économies, en maintenant délibérément des salaires bas.17  En substance, l'UE d'aujourd'hui offre une égalité de principe aux marchés et aux entreprises, mais pas d'égalité réelle aux citoyens. Cela devrait et même doit être inversé : chaque entité politique doit assurer l'égalité politique à tout son peuple ; tandis que les entreprises sont là pour se faire concurrence. C'est leur rôle, mais les citoyens ne sont pas là pour se concurrencer les uns les autres par des régimes fiscaux et sociaux. Les Etats ne sont pas des activateurs d'entreprises, mais ils devraient protéger leurs citoyens. C'est leur rôle d'origine.

Pour l'essentiel, nous avons remplacé la concurrence sur les marchés par la concurrence entre citoyens, parce que nous avons autorisé les entreprises à « faire leur marché » fiscal et salarial à l'intérieur de l'UE. Allons plus loin, tandis que l'Allemagne est réputée payer pour tout en Europe, si l'on en croit le discours biaisé partout entendu, les chiffres racontent une toute autre histoire : l'Allemagne a contribué largement aux déséquilibres macro-économiques de la zone euro par des politiques « beggar-thy-neighbour » (litt. : politiques du « réduis ton voisin à la mendicité) et de dumping salarial : elle a tiré d'énormes profits du marché unique européen,18 de l'euro et même de la crise de la zone euro, y compris les quelques 30 milliards d'euros de taux d'intérêt négatifs sur ses bons d'Etat, par exemple.19 Mais le modèle allemand ne marche pas pour le reste de l'Europe!20 Sans oublier que le rôle dominant de l'Allemagne dans la gouvernance de l'économie européenne ne marche pas non plus. Et, finalement, il ne marche pas non plus pour l'Allemagne : même si c'est à l'échelle du pays que l'Allemagne a « encaissé » tous ces gains statistiques venus de l'achèvement du marché unique et de la création de l'euro, cette aubaine n'a pas été distribuée équitablement entre les citoyens allemands (sans parler des citoyens de la zone euro), ce qui explique qu'aujourd'hui le contribuable allemand de base se sent proche du point de rupture dans l'effort de solidarité qui lui est demandé pour la Grèce : tous les Allemands n'ont pas nécessairement bénéficié de l'euro au même titre.21

En conséquence de cette approche nationaliste de la politique européenne, nous sommes en train de pervertir la fonction de protecteur que l'Etat remplit pour ses citoyens : les Etats membres de l'UE se livrent maintenant à une race-to-the-bottom (NdT : nivellement par le bas). Je me souviens de cette vieille publicité avec le lapin de Duracell: l'Allemagne est pour l'instant le lapin qui a batterie la plus puissante, mais aux dépens des pays voisins.

Les entités politiques devraient en effet garantir des droits égaux à leurs citoyens : c'est un point sur lequel je reviendrai plus tard. Il est de leur responsabilité de veiller sur leurs citoyens plutôt que sur la situation des marchés. Cependant, dans le système de l'UE, c'est exactement l'opposé : les Etats de l'UE dressent leurs citoyens les uns contre les autres dans une concurrence insensée pour garantir à leurs propres industries les meilleures conditions possibles : ce ne serait pas possible dans une démocratie nationale. Les droits civiques et sociaux varient d'un pays à l'autre en Europe, en particulier dans la zone euro. Ce sont ces différences dans les droits civiques et sociaux qui ont obstacle à une entité politique appelée Europe. L'Europe a besoin d'un mouvement d'émancipation citoyenne !

La structure défectueuse de la gouvernance européenne toujours dictée par les frontières nationales là où elle ne devrait plus l'être peut s'appliquer aux politiques de l'UE dans presque tous les domaines, et empêche souvent celles-ci de produire de bons résultats pour les citoyens européens. Prenons, par exemple, le marché européen de l'énergie. Ces dernières années, les énergies durables ont été l'objet d'incitations au moyen de subventions, qui varient de pays à pays ; les réseaux de distribution sont encore réglementés à l'échelle nationale.22 Quid de l'union de l'énergie ? Si le Portugal a un surplus d'énergie générée de manière durable, cette électricité ne peut pas alimenter

le réseau français, parce que le lobby des sociétés françaises du secteur de l'énergie est derrière la position française au Conseil. Maintenant, l'Allemagne a compris que sa fameuse Energiewende, la transition vers les énergies renouvelables, ne peut aboutir si elle n'a pas une dimension européenne – mais la décision de lancer la Energiewende fut prise unilatéralement par l'Allemagne. Etc.

Exemple numéro 3 : le projet d'union des marchés des capitaux. L'idée, c'est de mobiliser l'épargne privée et les hedge funds pour les investissements. Dans le livre vert de la Commission européenne,

toutes sortes d'incitations sont prévues, à l'attention des investisseurs, pour rendre l'investissement attractif, disons, dans les petites et moyennes entreprises, par exemple par des crédits d'impôts – mais cela varierait bien entendu de pays à pays : une union des capitaux fondée sur des incitations nationales différenciées est donc une contradictio in adjecto. Le vrai problème pour les investissements dans des clusters industriels transnationaux dans des régions frontalières, c'est le régime juridique de la faillite et de l'insolvabilité, parce que l'investisseur ne sait pas quel régime s'appliquera. Au lieu de s'attaquer au problème en amont, en rapprochant les régimes des faillites, ou en créant un régime commun, l'UE se réfugie dans la rhétorique formelle des « réformes structurelles » et le credit crunch (NdT : pénurie de crédit) ; l'UE est devenue très habile à se taire sur les questions gênantes, élevant la politique de l'autruche au statut de politique commune.

Exemple numéro 4 : l'Europe numérique. Nous savons tous – et cela a même été montré par des études de la Deutsche Bank – qu'une fourniture insuffisante de haut débit est un obstacle décisif à la croissance des zones rurales. C'est pourquoi nous avons maintenant le concept d'un « marché unique numérique ». C'est même un commissaire allemand qui s'applique à le promouvoir. Cependant, le financement et l'infrastructure de cette entreprise reste largement entre les mains des gouvernements nationaux, qui souvent n'ont pas l'argent. Au contraire, les grands réseaux du siècle passé, ceux des télécommunications, de l'électricité etc., sur lesquels reposaient alors la croissance, furent développés par des monopoles d'Etat.23 Comme, aujourd'hui, nous voulons que ces réseaux soient régis par le marché ou la demande des consommateurs, les zones rurales sont désertées. Ni marchés, ni consommateurs : pas de réseaux ! C'est aussi pourquoi la formule à la mode aujourd'hui, utilisée à tout propos – les « réformes structurelles » - n'a pratiquement aucun sens : là où il n'y a rien, il n'y a rien à réformer.

En revanche, l'UE – qui n'est pas un « Etat » - n'est pas autorisée à utiliser « son propre argent » - sans parler d'emprunts – pour procurer à ces zones rurales une infrastructure convenable. Mais le marché lui-même ne peut satisfaire ce besoin. : construire des réseaux à haut débit à Amrum ou en Vivarais ne vaut pas la peine. Et nous échouons ainsi sur les deux tableaux ; Internet en Europe ne répond pas à l'exigence d'un réseau planétaire conforme aux promesses de l'UE, mais nous ne soutenons pas non plus ces zones rurales. Cela semble être le modèle retenu par beaucoup de politiciens de l'UE.

De la sorte, nous fossilisons les différences régionales, spécialement entre zones urbaines et zones rurales, par des politiques organisées nationalement – et, politiquement, nous paierons ces différences au prix fort. Aujourd'hui la crise sociale est une crise entre la ville et la campagne, mais il y a surtout le populisme, qui freine le progrès de l'Europe. Le soutien aux mouvements populistes devient effectivement un problème, dans les zones rurales, et c'est le cas dans toute l'Europe. Comme résultat de cette crise sociale rurale, nous avons maintenant une crise électorale européenne ; regardez seulement cette carte de France: elle montre que le soutine au Front national est particulièrement fort dans les zones rurales à fort taux de chômage. La corrélation entre ruralité, chômage et vote FN est presque de 1. La carte du chômage et celle du vote FN sont presque identiques.

Tournons notre regard vers l'Angleterre : les zones septentrionales – et rurales – tendent à voter UKIP. Ce qui reste de la petite industrie y est pourtant particulièrement dépendante du marché unique européen (pas en termes absolus, mais en termes relatifs). En d'autres termes, un vote UKIP serait particulièrement dommageable pour ces régions désindustrialisées du Nord de de l'Angleterre – celles-là même où les électeurs choisissent l' UKIP.24 Cette crise sociale largement rurale que nous connaissons aujourd'hui est appelée à s'étendre demain à l'Europe entière!

Est-ce que des stratégies nationales nous aident à venir à bout du problème ? J'ai bien peur que non ! Encore une fois, nous devons considérer les zones urbaines et les zones rurales ensemble. La crise sociale qui secoue actuellement les campagnes, c'est la crise populiste de demain, d'échelle européenne. Dans toute l'Europe, ces régions devraient être soutenues par l'Etat, surtout en termes d'infrastructures. Comme je l'ai dit, les réformes structurelles – la formule à la mode pour beaucoup de politiciens de l'UE – ne vont pas aider. Des 6 milliards prévus pour s'attaquer au chômage des jeunes, 25 millions seulement ont été utilisés, parce que ces régions rurales n'ont pas d'infrastructures, pas de petites et moyennes entreprises, et n'ont donc pas de travail pour les jeunes. Nous détruisons le mode de vie rural, au lieu de créer des modes de vie plus décentralisés. Ou bien abandonnons ces régions dévastées, et nous les « nourrissons » à proprement parler par une redistribution fiscale à l'échelle européenne des régions urbaines industrialisées vers les régions rurales, qui pourraient dans ce cas devenir des lieux de villégiature ; ou bien nous reconstruisons ces régions. C'est notre choix, contre des politiques définies nationalement dans la zone euro.

Ce dont l'Europe a besoin, c'est de deux choses : la première, s'engager dans la fonction protectrice de l'Etat pour ses citoyens, en garantissant que tous les citoyens européens puissent compter, basiquement et durablement, sur l'application du principe d'égalité politique ! C'est le toit européen de la res publica europea de cette carte de 1537 ; la deuxième, sous le toit, reconstruire des régions vivantes et largement autonomes, ce que signifie reconstruire ce que Pierre Rosanvallon, le grand historien et sociologue français appelle des « corps sociaux ».25 D'ailleurs, cela va de pair avec l'autre tendance lourde qu'on peut détecter en Europe : l'aspiration à plus d'indépendance des villes et des grandes aires métropolitaines. Ces villes, comme les régions rurales, peuvent être, les unes comme les autres, de nouvelles places sous la robe d'Europe pour le 21e siècle, qui est un « Network Europe 21 » (un « Réseau Europe 21 »). Cette Europe est plate, électro-mobile, elle utilise des sources d'énergie locales, elle vit dans une économie du partage et l'Internet des objets – et, ce faisant, elle devient à nouveau une avant-garde (en français dans le texte) mondiale, préfigurant la future gouvernance duale globale-locale dont le monde a besoin, de préférence aux Etats-nations. Cette Europe serait aussi slow-food et respectueuse du climat, elle réactiverait la mémoire agricole des régions au lieu de participer à des politiques agricoles européennes à grande échelle, qui ont des effets pervers bien connus, ici et en Afrique (ce qui n'est pas étranger, parmi beaucoup d'autres raisons et facteurs, aux problèmes de la faim et des migrations sur ce continent).

Et finalement, ce concept serait aussi compatible avec une autre tendance lourde – ou renaissance – d'une pensée à la fois républicaine et coopérative,27 qui est apparue en France au 19e siècle et en Allemagne au début du 20e et qui a, d'ailleurs, été portée par des banques coopératives et mutuelles (Caja de Ahorros et Caja de Madrid en Espagne, la Caixa en Catalogne, les Caisses d'Epargne et les Banques populaires, le Crédit agricole et le Crédit Mutuel en France, Raiffeisen en Autriche et en Allemagne, les Volksbanken et Sparda-Bank en Allemagne, la Banca di Credito Cooperativo en Italie). Cette école de pensée fut partout l'épine dorsale de l'industrie locale. Je n'ai pas besoin de souligner que l'UE, par exemple, avec l'union bancaire, fait tout l'opposé et offre des politiques et des structures pour les grandes banques, pas pour les caisses d'épargne ;  tout en déplorant en même temps la pénurie de crédit dans les zones rurales.

L'Europe du futur aura donc besoin de deux choses : un toit juridique commun d'égalité politique pour tous ses citoyens ; et des régions et des aires métropolitaines autonomes. Cela ne signifie pas un nivellement général par le bas. Quand je parle du principe d'égalité politique, j'entends trois choses:

- égalité du droit de vote ;

- égalité devant l'impôt pour les citoyens (impôt sur le revenu, impôt foncier) et pour les entreprises ;

- égalité d'accès aux droits sociaux.

La révolution française a institué l'égalité pour les citoyens français (et, en fin de compte, pour tous les Européens) par delà les classes. Aujourd'hui, la révolution – pacifique ! - des esprits en Europe doit assurer l'égalité par delà les Etats-nations. 

En Allemagne, par exemple, d'où je viens, les conditions de vie sont très variables, de Munich au Sud à Rügen au Nord ou à la Sarre à l'Ouest, mais, malgré tout, tous les citoyens, tous les citoyens ont exactement le même droit pour l'élection du Bundestag, sont assujettis aux mêmes impôts et ont le même accès aux droits sociaux. Les taux des impôts locaux et de l'impôt sur les sociétés varient d'une région à l'autre et garantissent un équilibre entre elles toutes. Cela pourrait fonctionner aussi en Europe. Par conséquent, nous ne sommes pas en train de parler de nivellement des régions, et nous ne sommes pas en train de parler d'égalitarisme social ; nous sommes en train de parler du principe d'égalité politique, sans lequel une entité politique est inimaginable dans la durée. Imaginer cela pour l'Europe aujourd'hui semble inconcevable. Mais c'était inconcevable aussi pour les territoires allemands dans la Confédération en 1868 : « Un système allemand uniforme d'assurances sociales – mon Dieu, jamais ! » telle était la réaction à l'époque.

Puis vint Bismarck. Et cela a marché. Personne ne peut prévoir ce qui sera concevable ou pas à l'échelle européenne à long terme. Au contraire, ce n'est pas un rêve tout à fait utopique – des délibérations, par exemple, sur l'introduction d'une assurance chômage européenne commune ont commencé à Bruxelles il y a quelque temps.28 Ou, pour le dire autrement, on peut soutenir aussi que nous ne pourrons pas créer en Europe une entité politique durable, à commencer par la zone euro, sans le principe d'égalité politique. Il est sans doute grand temps d'essayer vraiment de comprendre cet état de choses !

La bonne nouvelle, c'est que les Européens ont accepté depuis longtemps le principe d'égalité politique. Selon une étude sociologique, le concept d'égalité politique – avec un accent sur les avantages sociaux – a été accepté de longue date par environ deux tiers des citoyens européens.29 A cet égard, la population en général semble aller plus loin que les élites politiques, qui semblent surtout faire des efforts pour céder à la pression populiste : c'est même une honte qu'aucun parti politique en Europe n'ait adopté l'objectif explicite de l'égalité politique. En d'autres termes : les citoyens européens sont en avance sur les élites nationales ! Aujourd'hui, le problème de l'Europe, ce ne sont pas les citoyens, mais les élites nationales, parce qu'elles manquent de courage te de volonté politique !

En outre, la dynamique générationnelle du débat européen est stupéfiante. En substance, la plupart des hommes blancs âgés ne sont même pas capables d'imaginer l'Europe où les jeunes d'Europe vivent déjà. Qu'offrons-nous à la jeune génération qui vit déjà dans une Europe que Bruxelles ne veut pas créer officiellement ?

Quand une jeune femme a travaillé en Angleterre pendant les trois dernières années, est citoyenne allemande et est encore avec son ami Danois, rencontré alors qu'ils étudiaient à l'université aux Pays-Bas, c'est déjà la normalité . Et ils ont réussi à très bien s'adapter à cette vie. Plus leur désir d'avoir un enfant devient réalité. Après avoir décidé de vivre en Angleterre et envisagé un instant de vivre en Allemagne pour être avec sa famille, ils ont décidé de s'installer au Danemark et d'élever leur enfant là, ensemble. Jusqu'ici, c'est romantique. Mais avez-vous pensé aux questions que cela pose en termes d'avantages sociaux ? Après de longues discussions avec les autorités, il s'est avéré finalement que la jeune femme avait perdu tous ses droits à avantages sociaux, acquis en cotisant au système britannique, à l'instant où elle s'était inscrite au chômage en Allemagne. Il aurait fallu qu'elle fût employée, et assujettie aux cotisations d'assurances sociales en Allemagne pour au moins trois jours pour être éligible au transfert de ses droits. En soi, c'est absurde. Mais comme future maman de nationalité allemande, elle n'a pas droit non plus aux prestations de sécurité sociale allemande, tant qu'elle vit au Danemark, et elle ne pourrait prétendre aux prestations danoises qu'à la condition d'avoir cotisé au système danois de sécurité sociale pendant au moins 13 semaines avant de donner naissance à son enfant. Ce n'est certainement pas ce que nous voulons ! Donc, je le répète, qu'offrons-nous à cette jeune génération qui vit déjà dans l'Europe que nous ne voulons apparemment pas créer ?

Une Europe républicaine, régionalisée, décentralisée, sous un régime parlementaire transnational d'un nouveau type

Quel pourrait être l'aspect de l'euro-union si nous avancions et la transformions en une République d'Europe, constituée sur la base de régions et d'aires métropolitaines ? Sur quels concepts devrions-nous zoomer ? Je vais essayer de vous emmener faire un tour de la zone euro en accéléré : elle serait devenue l'Euro-Union, puis une République d'Europe. Incidemment, j'ai traité ce sujet plus en détail dans le « Manifeste pour la fondation d'une République d'Europe » que j'ai publiéavec l'écrivain autrichien Robert Menasse en 2013 – et qui vient d'être réédité dans le catalogue du Kunsthaus de Zurich, qui présente en ce moment une exposition sur l'Europe.30

Pour commencer, nous devons reconnaître que la souveraineté n'est pas par les Etats, mais par les citoyens dans leur ensemble. L'absence apparente d'un demos européen, reprise comme un Leimotiv dans les débats actuels (pensez au Tribunal constitutionnel fédéral d'Allemagne, par exemple) se révèle faux. Si nous pouvions déconstruire le mot « souveraineté » et redécouvrir la souveraineté comme un concept individuel,31 nous réaliserions que nous sommes en fait des citoyens en un double sens – nous à la fois des citoyens de l'UE et des citoyens de nos Etats particuliers. Nous réaliserions aussi, j'espère, que l'autorité de ces Etats repose entièrement sur une souveraineté que nous leur avons déléguée, antérieurement. Sur cette base, nous pouvons concevoir un nouveau type de politeia, de politie, européenne. En d'autres termes : même si le Royaume-Uni en tant qu'Etat quitte l'UE, les Ecossais - et tous les autres Britanniques – restent individuellement des citoyens de l'UE.

Mais commençons par la zone euro, qui est la zone la plus homogène en termes économiques et qui a le besoin le plus urgent d'ancrer sa monnaie dans une démocratie européenne commune. La zone euro, le noyau de la République d'Europe, est formée actuellement de 19 pays, mais beaucoup d'autres, comme la Pologne, pourraient bientôt s'y joindre. Un système parlementaire européen nouvellement conçu pourrait devenir possible pour la zone euro. Par là, je n'entends pas des taux de participation plus élevés, ni une démocratie directe, mais plutôt un système démocratique qui satisfasse au principe de la séparation des pouvoirs selon Montesquieu : une législature d'échelle européenne contrôlant un exécutif européen. Un Parlement de la zone euro élu au suffrage universel et égalitaire – un homme, une voix – serait doté de la plénitude du pouvoir législatif. La démocratie, quoi.

A cette fin, Jürgen Habermas développe le concept expérimental d'un principe de « double souveraineté »33 où le pouvoir constituant prend sa source dans l'ensemble de tous les citoyens de l'UE, d'une part, et dans les nations européennes, de l'autre. Cela revient à élever les citoyens à une souveraineté égale à celle des Etats-nations. La démocratie et les Etats-nations seraient découplés, dans la mesure où les citoyens européens, comme citoyens de l'UE, en tant que tels, seraient en partie souverains. Ils entreraient ainsi, avec les Etats-nations souverains, dans une relation égalitaire et hétérarchique, constitutive de la communauté européenne.

La chambre élue directement (comme le Parlement d'aujourd'hui) devrait pouvoir proposer des lois ; en d'autres termes, elle devrait avoir la plénitude du droit d'initiative législative, et devrait recevoir aussi un pouvoir budgétaire autonome. C'est pourquoi la procédure législative ordinaire, qui exige dans l'Union l'approbation par le Parlement et par le Conseil, devrait être étendue pour la zone euro à toutes les matières. Cela voudrait dire que le Conseil européen – la réunion des chefs d'Etat et de gouvernement dont les décisions n'ont pas jusqu'à maintenant de valeur juridique – ne serait plus dans la zone euro qu'une formation du Conseil (qui réunit pour l'instant des ministres), devenu une deuxième chambre d'un Parlement bicaméral. Finalement, l'exécutif de la zone euro devrait, pour remplir les fonctions d'un gouvernement, être responsable à la fois devant les deux chambres. 

Mais à terme, il est possible d'aller plus loin : en partant de l'idée que « Network Europe 21 » stratifie un toit républicain commun et des métropoles/régions autonomes, l'Europe pourrait aussi s'inspirer de l'exemple américain : à côté d'une chambre élue au prorata des populations, on pourrait imaginer un sénat européen composé de deux sénateurs par région ou par aire métropolitaine, chacune avec son gouvernement. Ces contrepoids seraient alors compatibles avec l'élection directe d'un Président européen, qui n'est pas une utopie, mais figure déjà dans les programmes de plusieurs partis européens – et qui constituerait un exercice approfondi de construction d'une identité civique pour les Européens du 21e siècle.

L'Europe que nous décrivons n'est donc plus organisée sur une base nationale. Elle est décentralisée, mais interconnectée – numériquement, par les technologies de l'information et des communications, par l'électricité. Elle dispose d'une infrastructure uniformément développée et déjà promue par l'UE. Les régions rurales développeront de nouveau des « corps sociaux » : n'étant plus négligées, elles pourront combler l'écart avec la croissance des régions urbaines. Des régions rurales  autrefois isolées et désertifiées feront place à des régions riches de leur infrastructure, dont l'activité économique reposera sur une énergie locale et sur des banques locales. Les régions les vilels deviendront l'épine dorsale d'une système nerveux de politiques de croissance décentralisées et de clusters industriels régionaux. Ce nouveau réseau appuie d'autres objectifs européens, comme la production décentralisée d'énergie, l'usage de véhicules électriques dans le cadre régional, un développement rural durable, et des structures agricoles régionales. La nouvelle structure décentralisée de « Network Europe 21 » qui reliera les zones rurales au réseau des villes, n'aura plus nécessairement besoin d'une organisation à un niveau national central ; les régions et les villes seront rapprochées une démocratie transnationale et sur un terrain législatif commun, celui de la République d'Europe.

Dans cette Europe, les régions comme les villes seront sous le grand parapluie de la République représentant l'Europe sur la scène internationale (en matière de politique extérieure, d'environnement, de commerce, de numérique etc.), ce qui contribuera à maintenir la cohésion de l'ensemble européen comme, de l'intérieur, la garantie de droits civiques et sociaux égaux pour tous les citoyens de la République : égalité devant le vote, égalité devant l'impôt et portabilité des droits sociaux (régimes européens des soins de santé et de l'assurance chômage). Les stabilisateurs automatiques entre régions et la régulation de la concurrence entre leurs entreprises procéderont de la fiscalité régionale.

En somme, les Etats-nations ne seront pluss nécessairement les piliers constitutionnels du projet d'une Europe pour le 21e siècle – au contraire, le projet « Network Europe 21 » permettra aux régions de rester unies et cependant autonomes. Cela alimente en retour les mouvements régionaux d'aujourd'hui, qui sont déjà des formes de protestation contre le pouvoir excessif de l'Etat-nation, comme en Ecosse ou en Catalogne, par exemple. Ce serait une situation gagnant-gagnant pour l'Europe : la capacité d'agir à l'extérieur comme une entité unique dans l'arène internationale tout en la rapprochant de ses citoyens à l'intérieur.

Conclusion

Cette citation d'Albert Einstein semble appropriée ici : « Aucune idée n'est bonne, qui n'ait semblé d'abord complètement illusoire ». En d'autres termes, le droit à un idéal utopique est un droit humain : « Parce que tout ce qui existe n'est pas tout ce qui est, ce qui existe peut changer »33, disait Theodor Adorno. Maintenant plus que jamais, il est de notre responsabilité de changer l'Europe. Car l'Europe n'a pas épuisé ses possibles, des processus sociaux peuvent encore changer de sens, être façonnés par les citoyens. 

Maintenant, vous vous demandez peut-être : comment allons-nous du poit A au point B ? C'est une question pertinente. Car, en fait, maintenant, tout indique que nous n'irons pas de A à B, et qu'une République d'Europe n'a aucune chance d'être adoptée à la table de négociation de l'UE. C'est une question à laquelle il est impossible de répondre ici. Néanmoins, nous pouvons et nous devons nous autoriser à penser l'avenir que nous voulons vivre. Nous pouvons nous autoriser, pour la première fois, à développer une vision claire du type d'entité politique que nous voulons créer en Europe ; et même, il est de notre devoir d'écrire pour l'Europe un récit convaincant – puis de souhaiter, s'il advenait qu'il devienne populaire, qu'il gagne du poids politique.

L'idée d'Europe portée par des hommes comme Richard de Coudenhove-Kalergi ou Aristide Briand dans les années vingt n'est pas devenue réalité avant les années cinquante ; l'union monétaire a demandé trente ans du plan Werner à l'euro : souvent les meilleures choses prennent du temps et supposent parfois un catalyseur historique ; et l'organisation d'une démocratie européenne est naturellement un problème difficile. Nous aurons probablement besoin d'un demi-siècle de travail pour aboutir. Mais il est bon d'avoir une boussole : sans objectif clair, l'Europe et l'UE continueront à tourner en rond, comme elles le font actuellement.

Le « Network Europe 21 », une République d'Europe à base de régions et de villes n'est pas une réalité, mais il est permis de l'imaginer. Le concept de République a été le principe fondamental d'ordre politique dans l'histoire européenne des idées depuis Platon. Elle est compatible avec toutes les traditions et les langages politiques , de la Pologne à l'Italie. La notion de République a une résonance émotionnelle, car elle dénote le bien public. Le pas suivant est donc simplement une question de prise de conscience du fait suivant : comme citoyens européens, libérés et critiques, nous tenons de tous temps dans nos mains l'ordre politique à naître, car nous sommes souverains !

Est-ce facile ? En aucun cas. Comme pouvons-nous concilier une administration commune et protéger de petites minorités – comme les citoyens de Malte, qui seraient à peine représentés dans une chambre au prorata des populations ? Est-il possible de rendre des arbitrages politiques équitables entre des régions et des villes aussi différentes ? Et que dire des chamailleries financières entre le centre et la périphérie ? Et comment équilibrer nos préférences collectives ? Existe-t-il une sphère publique européenne ? Que faire au sujet des langues ? Pouvons-nous fonctionner en recourant à la technologie ? Pouvons-nous imaginer des sessions parlementaires européennes utilisant iTranslate ? Des discours à Bruwelles retransmis en direct sur les chaînes nationales dans la langue locale ? Les universitaires sont encore tout à fait sceptiques à cet égard.36 Cependant, une démocratie mulitlingue seomble fonctionner en Inde, qui est pauvre et uù le taux d'illettrisme est élévé : pourqoui l'Europe serait-elle donc interdite de démocratie multilingue ? Rien n'est facile. Mais déconstruire l'euro et détricoter l'Europe n'est pas simple non plus. Et nous ne voulons pas vivre dans le ventre d'un monstre. En vérité, nous n'avons pas le choix, sinon de construire une démocratie européenne : Yes we can ! Si nous le voulons, ne le pouvons.

A l'inverse, nous devons imaginer le genre de monde vers lequel nous glissons, les gens qui nous gouverneront si Marine Le Pen arrive à ses fins en France, le Jobbik en Hongrie ; si nous laissons les populistes fomenter des troubles et si l'idiotie règne sans partage. Après la révolution conservatrice, une révolution de la surveillance pourrait venir, guidée par la peur, et glorifiant une conception fallacieuse de la sécurité. Il est temps de se remémorer ce qui inquiétait Karl Popper dans La société ouverte et ses ennemis. Un monde où nous devenons une fois de plus les ennemis les uns des autres, fragmenté selon des frontières nationales – et où nous devenons de surcroît tellement préoccupés par nos propres problèmes que nous en oublions le monde alentour, qui continue de tourner, de plus en plus vite – un monde où, dans un futur pas si lointain, nous ne jouerions plus un rôle majeur : nous ne comptons plus que 7 % de la population mondiale. Que pourrions-nous vraiment faire d'autre, sinon investir alors toutes nos énergies pour créer finalement une entité politique européenne qui marche ?

Ceux d'entre vous qui, peut-être, commencez tout juste à s'intéresser à l'Europe, qui commencez tout juste à comprendre que le problème de l'Europe est aussi votre problème, le problème de chacun, la seule phrase à retenir de ce que j'ai dit, c'est celle-ci : à moins de vouloir abandonner notre continent à la négligence politique, nous avons besoin de reconstruire l'Europe, de la remettre sur ses pieds et de la préparer au 21e siècle. Nous avons besoin de la (re-)construire sur la base du principe de l'égalité politique de tous les citoyens européens ! L'application du principe d'égalité politique, c'est donc ce que nous demandons aujourd'hui. C'est le mouvement d'émancipation où les Européens doivent s'engager. C'est la tâche des Européens au 21e siècle, un pas vers l'édification de « Network Europe 21 ».

Nous n'avons pas besoin de tout faire maintenant. Mais nous avons besoin de faire un premier pas pour échapper au cercle vicieux qui nous piège. Le premier pas, c'est de coucher notre objectif sur le papier, comme une revendication. La première présentation d'Europe en carte date, je le répète, de 1537. En 2037, cette carte aura 500 ans. Cela nous laisse quelques 37 ans pour établir un « Network Europe 21 » républicain et pour orienter l'Europe vers un avenir commun à tous les citoyens européens sur une base différente de celle que nous connaissons.

Vive la République d'Europe ! La République d'Europe est en chantier ! Venez, joignez-vous à nous, signez et contribuez à sa construction !

www.european-republic.eu

#newEurope

Notes

 

1 Ce texte est une adaptation de mon intervention à la rencontre RE:PUBLICA de la German Fashion Lifestyle and Web Community le 6 mai 2015 à Berlin. La version originale en allemand est disponible ici: www.ulrkeguerot.eu . L'intervention était illustrée par une série d'images et de tableaux et ne peut être comprise sans. Pour saisir l'esprit de la présentation, le lecteur peut aussi visionner le clip disponible ici: https://www.youtube.com/watch?v=y4Tbye1ZXBQ

 

2 Cerstin Gammelin et Raimun Löw, Die Strippenzieher (Berlin: Econ Verlag, 2014).

 

3 Jürgen Habermas, The Lure of Technocracy (London: John Wiley & Sons, 2013).

 

4 http://images.zeit.de/politik/2011--09/use--‐frage1--‐deu--‐neu.jpg .

 

5 http://de.statista.com/statistik/daten/studie/153857/umfrage/zufriedenheit--‐mit--‐der--‐demokratie--‐in--‐der--‐eu/ .

 

6 Thomas Piketty, interview, “We have created a Monster”, Spiegel Online, March 15, 2015.

 

7 Robert Menasse, Reden wir über Europa (Berlin: Suhrkamp, 2014).

 

8 Ulrich Beck, German Europe (Cambridge: Polity Press, 2014).

 

9 La littérature politique sur ce sujet est abondante. A lire avant tout: Wolfgang Streeck, Buying Time, (London: Verso Books, 2014). Voir aussi: Claus Offe, Europe Entrapped (Cambridge: Polity Press, 2015); Hauke Brunkhorst, Das doppelte Gesicht Europas, (Berlin: Suhrkamp, 2014). Ou encore, par exemple, les travaux de Chantal Mouffe, ou bien: Colin Crouch, Post-Democracy (Cambridge: Polity Press, 2004) qui décrit très en détail la démocratie  technocratique et appauvrie de l'UE. Voir spécialement: les nombreux articles de Joseph Stiglitz, Paul Krugman et de beaucoup d'autres sur le même sujet à : www.socialeurope.eu; les publications de la Friedrich-Ebert-Stiftung (www.fes.org); ou les nombreux écrits de Christian Odentahl sur le site Internet du Center for European Reform, CER, London: www.cer.uk.org .

 

10 http://www.foederalist.eu/2015/04/griechenland--‐fehler--‐eu--‐eurokrise.html offre un bon survol du débat politique et économique autour de la Grèce. Olivier Blanchard du FMI a déjà reconnu cette erreur dans une étude qui remonte au début de 2013; cependant, la Commission européenne s'est longtemps défendue contre ces nouvelles conclusions.

 

 

 

11 Pour ceux qui ont une chance d'aller à Zurich cet été, je signale que le Kunsthaus Zurich ( http://www.kunsthaus.ch/ ) accueille une excellente exposition sur l'Europe „Europa – die Zukunft der Vergangenheit“.

 

12 Sigmund Freud, Eine Kindheitserinnerung des Leonardo Da Vinci, Vienne, 1910.

 

13 Karsten Nowrot, Das Republikprinzip in der Rechtsordnungengemeinschaft (Tübingen: Jus Publicum, Mohr Siebeck, 2014).

 

14 Robert Menasse, Reden wir über Europa, Berlin: Suhrkamp 2013.

 

15 Cf. Ballas et al., The Social Atlas of Europe, Bristol: Policy Press, 2014.

 

16 Zoltàn Pogátsa, “Hungary: From Star Transition Student to Backsliding Member State”, Journal of Contemporary European Research, 5.4 (2009), 597.

 

17 Plusieurs articles  sur ce sujet sont accessibles à http://www.nachdenkseiten.de/?p=15990#h08, voir notamment ceux de Harald Schumann de Der Tagesspiegel.

 

18 Une étude McKinsey de 2012 calcule que le gain agrégé, dans les dix années qui ont suivi la mise en circulation de l'euro, entre 2002 et 2012, s'élève à 300 milliards, dont 160 sont allés à la seule Allemagne.

 

19 Des chiffres détaillés sont disponibles dans : Siegried Schieder, “Zwischen Führungsanspruch und Wirklichkeit: Deutschlands Rolle in der Eurozone”, dans: Leviathan 3 (2014): 363–397.

 

20 Si vous voulez approfondir ce sujet, vous pouvez regarder les articles de Christian Odentahl at www.cer.uk.org ou lire le livre de Guillaume Duval‚ Made in Germany. Le mythe du modèle allemand, Paris, 2014, dans une perspective française; ou celui de Angelo Bolaffi, Il cuoro tedesco, 2013, dans une perspective italienne.

 

21 Voir encore Schieder pour cette discussion, note 19.

 

22 Deutsche Bank Research, 31 juillet 2014 (“Progress needs broadband: Private investment requires more government stimuli”).

 

23 C'est pour cette raison que le DGB recommande un Plan Marshall pour l'infrastructure de l'Europe : http://www.dgb.de/themen/++co++985b632e--407e--‐11e2--‐b652--‐00188b4dc422

 

24 Pour la division ville-campagne au Royaume-Uni, vous pouvez consulter : http://www.cer.org.uk/publications/archive/policy-brief/2015/disunited-kingdom-why-%E2%80%98brexit%E2%80%99-endangers-britain%E2%80%99s-poorer-reg

 

25 Pierre Rosanvallon, La société des égaux, Seuil, 2011.

 

26 Jeremy Rifkin, La nouvelle société coût marginal zéro: L'Internet des objets, l'émergence des communaux et l'éclipse du capitalisme, Paris, Les liens qui libèrent, 2014.

 

27 Voir note 13.

 

 

 

28 Sebastian Dullien, “Eine Arbeitslosenversicherung für die Eurozone”, SWP-Studien, 2008/01, février 2008; l'ancien commissaire aux Affaires sociales, Andor Lásló, a proposé  un plan pour une assurance chômage européenne: http://www.spiegel.de/wirtschaft/soziales/eu--‐kommissar--‐andor--‐fordert--‐europaeische---arbeitslosenversicherung--‐a--‐974964.html

 

29 Jürgen Gerhards et Volker Lengfels, European Citizenship and Social Integration in the European Union, (London: Taylor & Francis Ltd., 2015); sur ce sujet, voir aussi: Martin Heidenreich, Krise der europäischen Vergesellschaftung (Wiesbaden: Springer, 2014).

 

30 http://diepresse.com/home/presseamsonntag/1379843/Manifest--fur--‐die--‐Begrundung--‐einer--‐Europaeischen--‐Republik , Kunsthaus Zurich: Europe – The future of the Past: http://www.kunsthaus.ch/en/exhibitions/ , où des fichiers audio sur la République européenne sont également disponibles.

 

31 Cf. Les écrits de Jean Bodin (“Les six livres de la République”) et de Hans Kelsen, philosophe du droit et constitutionnaliste autrichien.

 

32 „Form follows function“ (litt.: la forme suit la fonction): la participation formelle ne fait pas une démocratie. Je développe ce point de vue ici: https://www.boell.de/de/2015/06/09/vom-umgang-mit-autoritaeren-regimen-oder-was-ist-heute-demokratie

 

33 Dans Leviathan 42, 4/2014.

 

34 Ce sont, soit dit en passant, les réformes clés proposées aussi, récemment, par le groupe dit “Spinelli” pour une nouvelle constitution de l'UE. Ces réformes rapprocheraient la démocratie dans la zone euro du principe de la séparation des pouvoirs selon Montesquieu, une idée retenue aussi incidemment, par le groupe Westerwelle sur l'avenir de l'UE de septembre 2012. Antérieurement, l'idée d'un noyau autour de la monnaie unique était au coeur du document Schäuble-Lamers sur une “Kerneuropa” dès 1994.

 

35 Theodor Adorno, Dialective négative (1966), Payot, 1978.

 

36 Fritz Scharpf, “Das Dilemma der supranationalen Demokratie”, dans Leviathan 1/2015; et Martin Höpner, “Der Integrationistische Fehlschluss”, dans Leviathan 1/2015; and Wolfgang Streeck, op. cit.

About the author

Ulrike Guérot is Founder and Director of the European Democracy Lab at the European School of Governance, eusg, in Berlin, and a lecturer on European integration at the European Viadrina University. She has 20 years experience in the European think tank community and has taught both in Europe and the US. Previously she worked for the European Council on Foreign Relations, at the German Council on Foreign Relations, and with the German Marshall Fund. Ulrike Guérot is a regular writer and commentator on European and transatlantic affairs as well as European democracy and global Europe both in German and European media. For her engagement in European affairs, she received the French award, “L’Ordre pour le Mérite” in 2003


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