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Pourquoi les services de police américains sont-ils encore marqués par les préjugés raciaux ?

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En l’absence de données de meilleure qualité, nous ne serons pas en mesure de comprendre les raisons de la persistance des préjugés raciaux dans les pratiques policières et ce que nous pouvons faire à ce sujet. English, Español

Alba Morales
16 March 2015

« Ils les arrêtent simplement parce qu’ils sont noirs » m’a dit en août dernier, Holly, une Afro-Américaine de 39 ans, en décrivant comment la police traite les jeunes hommes noirs dans sa ville de Ferguson au Missouri et aux alentours. « Je me tenais là et regardais des cousins se faire arrêter. [La police] les faisait s’asseoir et les fouillait, même après qu’ils savaient qu’ils n’avaient pas la bonne personne. J’ai en tellement des histoires comme celle-là. »

J’ai rencontré Holly de l’autre côté de la rue, en face du poste de police de Ferguson où les manifestants s’étaient rassemblés suite au meurtre de Michael Brown, 19 ans, en août dernier. Comme de nombreux manifestants que j’ai rencontrés à Ferguson, elle était venue protester contre les abus policiers (notamment les contrôles routiers, les citations à comparaître, et les arrestations qui ciblent de manière disproportionnée les Afro-Américains) qui ont longtemps précédé le moment où Michael Brown a été abattu.

Que ce soit à Ferguson ou ailleurs dans le pays, les minorités raciales sont pleinement conscientes du problème racial dans la police aux États-Unis. Un récent sondage de Gallup a montré que les noirs ont bien moins confiance en la police que les blancs. Au vu de cette ligne de fracture, il n’est pas surprenant qu’il soit parfois difficile d’arriver à un consensus. Le fait que personne n’ait systématiquement collecté de données fiables sur la question raciale et les pratiques policières à l’échelle nationale ne fait qu’exacerber ce problème. Un certain nombre de rapports récents soulignent ce vide comme la première étape vers la compréhension des raisons expliquant la persistance tenace du problème racial  dans les pratiques policières.

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Demotix/Pablo Medina Uribe & Julián Camilo García (All rights reserved)

Over 1 million protesters march against police brutality and structural racism in New York City. The problem of race-based policing in the US extends far beyond the city limits of Ferguson, Missouri.


Le rapport du ministère de la justice américain sur les services de police de Ferguson et le rapport intérimaire du groupe de travail du Président sur la police au 21ème siècle, qui ont été tous deux publiés ce mois-ci, indiquent clairement que les États-Unis ont besoin d’une réforme exhaustive du système policier, à commencer par une collecte de donnée plus poussée.

Le premier rapport a révélé que les Afro-Américains sont touchés de manière disproportionnée à tous les niveaux du système judiciaire de Ferguson. De 2012 à 2014, ils représentaient 67% de la population de Ferguson, mais 85% des contrôles routiers. Et pourtant, les blancs qui faisaient l’objet d’une fouille par la police étaient plus susceptibles d’avoir des produits de contrebande que les noirs soumis au même type de traitement. Les Afro-Américains ont reçu 90% des citations à comparaître délivrées par les services de police et ils ont représenté 93% des arrestations. De plus, ils ont été la cible de 88% des incidents au cours desquels la police a eu recours à la force. Et, selon le rapport, les tribunaux municipaux n’étaient guère plus qu’une  machine à générer des revenus ciblant les Afro-Américains, avec la police de Ferguson agissant comme son « organisme de recouvrement. »

Il est difficile de dire ce qui est au cœur de la discrimination en matière de pratiques policières, mais il paraît évident que l’histoire de discrimination raciale à Ferguson est indissociable de celle des États-Unis dans son ensemble. Comme l’a expliqué le ministre américain de la justice, Eric Holder, le ministère de la Justice n’a « trouvé aucune autre explication à l’impact disproportionné sur les citoyens afro-américains autres que celle des préjugées raciaux implicites et explicites ». En effet, l’une des informations les plus choquantes révélées au cours de l’enquête concerne les emails fortement racistes échangés par les officiers de police et les employés du tribunal, qui, plutôt que de donner lieu à des plaintes, voyaient généralement leurs destinataires les faire suivre.

En réponse, le maire de Ferguson, James Knowles, a fait remarquer que « peu de communautés dans ce pays ont fait l’objet de contrôles aussi stricts. » Il a raison. Il y a plus de 17 000 services de maintien de l’ordre au plan local et au niveau des états aux États-Unis. Le ministère de la justice a disposé de l’autorité nécessaire pour enquêter sur les pratiques de ces agences depuis 1994 (et a eu de plus en plus recours à cette autorité au cours du mandat de Eric Holder), mais il ne peut pas être partout.

En parallèle, le gouvernement fédéral américain ne maintient même pas un décompte précis du nombre de civils tués par la police chaque année. Un rapport du bureau des statistiques judiciaires, également publié cette semaine, a révélé ne suivre qu’environ 50% des morts impliquant la police sur une base annuelle.

En l’absence de données de meilleure qualité sur les violences policières et sur le profilage racial, trouver des solutions s’avérera difficile. Le rapport du groupe de travail du Président, et celui de Ferguson, contiennent tous deux des recommandations pour les services de maintien de l’ordre du pays, suggérant notamment que la police collecte plus de données, comme par exemple les données démographiques sur les incidents avec recours à la force et plus d’information sur les morts impliquant la police.

Il est difficile de dire ce qui est au cœur de la discrimination en matière de pratiques policières, mais il paraît évident que l’histoire de discrimination raciale à Ferguson est indissociable de celle des États-Unis dans son ensemble. Aucune des deux ne peut être comprise correctement en l’absence d’informations de meilleure qualité comme celles qui ont été collectées à Ferguson par le ministère de la Justice et exigées par le groupe de travail du Président. La collecte de données ne va rien résoudre à elle seule, mais en continuant à ne pas collecter des informations aussi importantes, la non résolution du problème est garantie.

Comme me l’a dit Holly ce jour-là à Ferguson, « peut-être que Mike Brown va secouer un certain nombre de personnes. »

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