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Éliminer les mutilations génitales féminines d’ici à 2030

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Les nouveaux objectifs de développement proposés par l’ONU incluent le fait de mettre un terme aux pratiques traditionnelles préjudiciables comme celle des MGF d’ici 2030. Nous connaissons maintenant les étapes clefs nécessaires pour y arriver. English, العربية

Nafissatou J. Diop
16 April 2015

Un poème de l’écrivain somalien Dahabo Ali Muse exprime la douleur causée par les mutilations génitales féminines (MGF), une pratique subie par plus de 140 millions de filles et de femmes dans le monde :

« C’est ce que ma grand-mère appelait les trois chagrins féminins. Elle disait que le jour de la circoncision, la nuit de noce, et la naissance d’un enfant, sont les trois chagrins féminins. »

Les MGF, le premier des trois chagrins féminins, se réfèrent à toutes les interventions aboutissant à l’ablation partielle ou totale des organes génitaux externes de la femme, ou à toute autre lésion des organes génitaux féminins pratiquée à des fins non thérapeutiques. Cette pratique est potentiellement mortelle tant pendant l’intervention qu’au cours de la vie de la fille. Elle constitue également une violation des droits reproductifs et du droit à la santé et à l’intégrité physique, ainsi qu’une forme de violence contre les femmes et les filles.

La plupart des pays se sont engagés à protéger les droits des femmes et des filles en ratifiant un certain nombre de traités régionaux et internationaux. En décembre 2014, l’Assemblée générale des Nations Unies a adopté une résolution sur « l’intensification des efforts mondiaux visant à éliminer les mutilations génitales féminines », réitérant l’engagement de la communauté internationale à éliminer les MGF.

Dans les mois qui viennent, les grands dirigeants du monde vont se mettre d’accord sur une nouvelle série d’objectifs de développement durable pour remplacer les Objectifs du millénaire pour le développement. L’une des propositions est d’inclure l’élimination de toutes les pratiques préjudiciables, comme les MGF, avant 2030.

En dépit des actions menées au niveau mondial et national afin d’éliminer cette pratique, les MGF restent largement répandues. Cela peut-il être fait ? La tâche semble dantesque. En dépit des actions menées au niveau mondial et national afin d’éliminer cette pratique, les MGF restent largement répandues. Elles sont très courantes dans 29 pays en Afrique, dans certains pays en Asie, au Moyen-Orient et en Amérique Latine, ainsi que parmi les migrants de ces régions qui s’installent dans les pays occidentaux. La prévalence des MGF varie selon les pays, de 96,7 pour cent parmi les filles âgées de 15 à 19 ans en Somalie, à 0,4 pour cent au Cameroun. Bien que la prévalence des MGF ait chuté dans de nombreux pays, le taux de déclin est largement en deçà du nécessaire. Si la tendance actuelle perdure, le Fonds des Nations Unies pour la Population (FNUAP) estime que 86 millions de filles nées entre 2010 et 2015 risquent d’être mutilées d’ici 2030.

 Mais cette tendance peut être inversée. Nous devons tirer des enseignements de notre expérience pour concevoir et intensifier les programmes qui ont un réel impact sur la vie des femmes et des filles. C’est pourquoi le FNUAP et l’UNICEF dirigent le plus grand programme mondial pour accélérer l’abandon des MGF. Ce programme porte actuellement sur 17 pays. Alors, qu’avons-nous appris jusqu’ici ? Qu’est-ce qui fonctionne ?

Créer un mouvement pour éliminer les MGF

Il est nécessaire d’entrer en contact avec les filles et femmes dont les droits sont violés par les MGF, tout en impliquant les gouvernements et les autres parties qui ont pour responsabilité de les éliminer. Il est particulièrement important de sensibiliser les dirigeants politiques sur les MGF, de cultiver les réseaux de partisans et de militants et de diffuser l’information sur les évolutions locales, régionales et mondiales.

Traduire la législation en actes

Les États doivent garantir des dispositions juridiques appropriées sur le plan national afin de stopper les MGF, y compris via la criminalisation, l’application du droit et les poursuites. Les pays rapportent des degrés divers dans l’application du droit et les intervenants sont nombreux à dire que l’existence des lois anti-MGF leur donne les moyens et la légitimité de mener à bien leur travail de sensibilisation. Parallèlement, le fait d’informer la population sur une nouvelle loi offre l’opportunité de discuter publiquement des MGF et de mieux la sensibiliser. La couverture médiatique des poursuites judiciaires et des audiences publiques peut également informer davantage le public sur la législation.

Impliquer les professionnels de la santé dans l’élimination des MGF

Les professionnels de la santé, pleinement conscients des conséquences considérables des MGF sur la santé sexuelle et reproductive, prennent de plus en plus position contre cette pratique. Leur expertise, dans la prévention ainsi que dans les soins procurés aux filles et aux femmes qui ont subies des MGF, complémente les processus de changement des comportements des communautés.

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Flickr/DFID UK Department for International Development (Some rights reserved)

A traditional Burkinabé midwife educates women on FMG and its effects on child birth.


 

Redéfinir les concepts et les traditions et autonomiser les filles

Les MGF sont profondément enracinées dans la tradition et persistent en tant que norme sociale soutenue par les relations de pouvoir et les structures de genre sous-jacentes. Redéfinir les concepts et les traditions relatives aux MGF, plutôt que de chercher à discréditer des traditions anciennes, est essentiel pour accélérer l’abandon de ces pratiques. La création de nouvelles normes sociales a eu des résultats encourageants dans des pays comme le Soudan, où un terme positif pour les femmes et les filles n’ayant pas subit d’excision a été créé, Saleema, pour remplacer les concepts négatifs utilisés pour ces filles. Parallèlement, au Kenya, en Ouganda et en Tanzanie, un rite de passage alternatif a été introduit, accompagné par des sessions éducatives pour les communautés. Les filles sont éduquées sur une grande variété de sujets, comprenant les valeurs traditionnelles positives et les compétences de la vie courante, ainsi que les droits de l’homme. Elles sont ainsi préparées à devenir des mentors et des modèles de référence. Les activités éducationnelles et le dialogue communautaire créent un espace sécurisant dans lequel les membres des communautés peuvent réévaluer leurs propres croyances et valeurs concernant les MGF.

La valeur des déclarations publiques

Faciliter les déclarations publiques sur l’abandon des MGF rend le changement dans le comportement des communautés plus visible et encourage les autres à adopter de nouvelles normes sociales. Un engagement public, en particulier quand il est pris par les chefs traditionnels ou religieux, génère une pression sociale qui rend difficile pour les membres des communautés de revenir à leurs anciennes pratiques et de contredire leurs promesses.

Amplifier le changement par le biais des médias

Vu la nature complexe des MGF et la désinformation fréquente à leur sujet, renforcer la capacité des professionnels des médias reste une priorité. Il est vital d’impliquer les médias nationaux et locaux, y compris au niveau communautaire, pour diffuser l’information, améliorer la visibilité des communautés qui ont abandonné les MGF, et promouvoir un changement comportemental positif.

Renforcer la coordination et les capacités

Les Comités nationaux présidés par le gouvernement et composés des principaux intervenants sont mis en place dans plusieurs pays pour traiter des MGF. Une meilleure collaboration parmi les intervenants a fait ses preuves pour ce qui est de renforcer les capacités individuelles et collectives à éliminer cette pratique.

Les liens entre la législation, les droits de l’homme et un changement social positif se traduisant par l’abandon des MGF sont complexes. Des progrès importants ont été réalisés, mais la prévalence des MGF reste à un niveau élevé et inacceptable. Les droits de l’homme peuvent aider à accélérer l’abandon de ces pratiques et à atteindre l’égalité entre les sexes, mais ils ne doivent pas exister uniquement sur le papier. Les droits de l’homme doivent devenir une réalité dans la vie des femmes et des filles.

Soyons attentifs à ce que le poème somalien cité en préalable dit sur la manière dont nous devrions traiter les filles : « Initiez-les au monde de l’amour et non pas au monde du chagrin féminin !! »

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