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La politique américaine en RDC est une question d’intérêts et non d’alliés

Les États-Unis se soucient plus de la stabilité en RDC que de la promotion des intérêts nationaux rwandais ou Ougandais. L’analyse de Musavuli sur l’incapacité américaine à appliquer les principes de R2P (responsabilité de protéger) à la RDC ne tient pas compte de cet état de fait et sous-estime les récents changements dans la politique des États-Unis. English.

Laura Seay
29 November 2013

Quel rôle peuvent jouer les États-Unis (USA) en faveur de la paix dans l’est de la République Démocratique du Congo (RDC) ? Le militant de la diaspora congolaise, Kambale Musavuli décrit l’histoire récente de la politique américaine dans la région en mettant l’accent sur ses échecs. Bien qu’il reconnaisse les changements dans l’approche de l’administration Obama, y compris la récente nomination de l’ancien sénateur Russ Feingold en tant qu’envoyé spécial, Musavuli donne l’impression aux lecteurs que rien n’a fondamentalement changé.

Je suis en désaccord. Quelque chose de fondamental a changé dans la gestion de la crise des grands lacs par les États-Unis au cours des deux dernières années. Ce changement a commencé quand les Etats-Unis ont pris au sérieux les allégations formulées dans le rapport de 2012 du groupe d'experts des Nations Unies sur la RDC qui a clairement démontré l’importance du rôle de Kigali dans le soutien au mouvement rebelle M23.

Tout d’abord, les États-Unis ont seulement suspendu une aide militaire au montant symbolique au Rwanda. Cependant, alors que le conflit s’éternisait et que les pourparlers de paix vacillaient, Obama n'a pas donné une dérogation au Rwanda pour utiliser des enfants soldats. Alors que le montant de l’aide suspendue suite à cette décision était limité, c’était un coup dur pour le Rwanda car cela signifiait que le pays ne pouvait plus compter sur les États-Unis pour fermer les yeux sur son mauvais comportement au Congo.

Dans les mois qui viennent de s’écouler, les États-Unis ont augmenté leurs pressions diplomatiques. Au-delà de la nomination de Feingold, qui est activement impliqué dans la plupart des négociations et autres efforts internationaux visant à ramener la paix dans la région, les officiels américains font également pression sur les acteurs pour mettre fin à la violence une fois pour toute. La récente défaite du M23 face aux troupes de la RDC et de la nouvelle force d’interposition de la brigade des Nations-Unies est largement due au fait que le Rwanda, en prise à une intense pression diplomatique de la part des USA et du Royaume-Uni, n’est pas intervenu en faveur du M23. Ces pressions diplomatiques ont inclus des appels venant d’officiers de haut rang comme le secrétaire d’État américain John Kerry. 

Le militant congolais Musavuli a cependant raison concernant l’histoire mouvementée de la politique américaine dans la région. Les diplomates américains à Kigali, à Kinshasa, et à Kampala, ont depuis longtemps été au courant des engagements illicites du Rwanda au Congo, mais ils avaient pour consigne de leur administration, républicaine ainsi que démocrate, de les ignorer. Ceci est dû au fait que le principe fondamental et implicite de la politique américaine dans l’Afrique de l’après guerre froide est, et à toujours été, celui de la stabilité politique. Ce ne fut que lorsque le rôle du Rwanda, en tant qu’acteur de l’instabilité au Congo, est devenu si évident et manifeste qu’il devint impossible de le nier. Ceci eu pour conséquence de porter atteinte aux principes directeurs de la politique américaine, amenant au récent changement de position de Washington.

Que les États-Unis agissent dans l’intérêt de leur propre sécurité nationale n’est pas une nouvelle choquante. Le plus intéressant, dans l’histoire de la politique américaine au Congo, est le débat entre des responsables politiques de premier plan au sein de la maison blanche et entre les plus proches conseillers du Président Obama.

Certain responsables américains ne veulent appliquer la responsabilité de protéger (R2P) que lorsqu’elle est conforme à la compréhension traditionnelle géostratégique de « l’intérêt national ». D’autres, y compris l’ambassadeur américain aux Nations Unies (ONU) Samantha Power, estiment que les intérêts américains sont mieux servis en utilisant la puissance militaire et diplomatique pour établir des normes de respect des droits de l’homme.

Musavuli souligne que la conseillère à la sécurité nationale qui a la confiance d’Obama, Susan Rice, est une « fervente partisane de la R2P » mais la réalité des engagements idéologiques de Rice est beaucoup plus complexe. Après tout, il est fortement improbable qu’un interventionniste libéral dresse les louanges du dictateur éthiopien Meles Zenawi au cours d'un éloge funèbre lors de ses funérailles, comme Rice l’a fait l’année dernière. 

Susan Rice ne semble pas être inconditionnellement en faveur de l’utilisation de la R2P à chaque fois que c’est possible. Au lieu de cela, elle adopte une vision plus pragmatique de ce qui peut et ne peut pas être accompli. Cette approche est en soi favorable à la doctrine de la R2P, cependant elle prend en compte la probabilité de réussite comme un facteur à prendre en considération avant toute intervention. Rice a constamment exprimé sa préférence pour la stabilité en Afrique comme principe directeur de la politique américaine, même si cela implique de fermer les yeux face aux violations des droits de l'homme. Ceci signifie qu’elle voit probablement la R2P comme un outil pour parvenir à la stabilité plutôt que comme quelque chose devant être appliqué indépendamment des questions contextuelles. D’où le soutien ancien de Rice au Rwanda et à l’Ouganda. Rice n’a jamais ignoré leurs actions au Congo. Elle a simplement estimé que fermer les yeux face à leurs intérets et activités jouait probablement en faveur de la stabilité régionale.

Musavuli dépeint l’ensemble du conflit en RDC « comme étant largement le résultat d’une guerre d’agression menée » par le Rwanda et l’Ouganda. Ceci est tout simplement inexact. Aucun observateur censé ne réfute les ravages découlant des deux invasions par ces deux pays durant les guerres du Congo (1996-2002). De même, personne ne dénie que leur soutien ultérieur à diverses milices et groupes armés alliés interposés est une source majeure de conflit en RDC. 

La crise congolaise est cependant la résultante d’une multitude de conflits et d’enjeux au cours des vingt dernières années et implique plus de groupes armés que la plupart des observateurs ne peuvent en compter. À présent, dans une période de calme relatif par rapport à la décennie précédente, le nombre de groupes armés qui opèrent au Congo est estimé aux alentours de 30 à 40, la plupart sans aucun lien connu avec le Rwanda, l’Ouganda ou avec leurs intérêts. Des milices comme les Maï Maï Cheka et les Raïa Mutomboki qui ont fait leur apparition sur fond de revendications très localisées, terrorisent les populations civiles simplement parce qu’ils le peuvent, l’État congolais n’étant pas assez fort pour les arrêter. De même, le FDLR, un groupe dirigé par des hommes qui ont commis le génocide au Rwanda en 1994 n’est pas un outil au service des intérêts rwandais ou ougandais, bien que leur présence au Congo soit certainement une raison centrale de l’invasion du Rwanda en premier lieu.

Ce que cela signifie est que la triste réalité du Congo ne dépend pas d’une seule dynamique mais qu’elle est plutôt le résultat d’un ensemble complexe d’histoires qui reposent sur l’incapacité de l’État central à contrôler son propre territoire, garantir les droits fondamentaux de ses citoyens ou arbitrer sereinement les disputes. 

La RDC n’est pas une priorité pour l’administration Obama comme pour toutes les administrations américaines depuis le génocide rwandais. Les jours de la guerre froide, de la nécessité de cultiver des alliés et de s’engager dans des activités clandestines pour arriver à dominer les soviétiques sont révolus. Les diplomates et les agents de renseignement spécialisés sur l’Afrique centrale ne sont consultés que lorsqu’une crise majeure éclate.

Le Président Obama ne prend pas connaissance de la situation au Congo lors des rapports quotidiens de ses services d’intelligence et ce n’est que lorsque la stabilité régionale est sérieusement menacée et que le rôle des acteurs dans cette déstabilisation est largement exposé que les États-Unis renforcent leur implication.

La dure réalité est que les États-Unis ne se préoccupent pas suffisamment du Congo pour investir des ressources importantes dans sa stabilité à long-terme.

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