openGlobalRights-openpage

Les associations israéliennes de défense des droits de l’homme n'ont pas besoin d'être populaires pour être efficaces

Montell copy.jpg

Les associations israéliennes des droits de l'homme sont sous une pression extrême maintenant que les nationalistes de droite les considèrent comme des traîtres au peuple juif. Pourtant, elles doivent continuer à se battre pour leurs principes, peu importe ce que pense le public. עברית , العربيةEspañolTürkçe English

Jessica Montell
4 August 2014

Selon l'expression israélienne bien connue, «Il vaut mieux être intelligent que d’avoir raison.»  Ce qui signifie qu'il vaut mieux obtenir ce que vous voulez plutôt que de rester sur vos principes.

Dans le contexte des droits de l'homme, cependant, cette expression n'a qu'une portée limitée. Il est certainement utile de penser stratégiquement à la façon dont les associations israéliennes des droits de l'homme pourraient être plus efficaces, et comment elles pourraient changer l'opinion publique afin d’obtenir un plus grand soutien pour leur travail.

Cependant, il y a une limite à "l'intelligence" dont nous, militants des droits de l'homme faisons preuve, quand il est de notre devoir de dire ce que nous pensons être juste.

Les organisations des droits de l'homme défendent toujours les faibles et les marginalisés, et sont souvent vilipendées pour cela. Il est rare, toutefois, qu'une organisation des droits de l'homme se consacre à la défense de ce que beaucoup considèrent comme l'ennemi dans un conflit national. Tel est le cas avec les organisations israéliennes qui s'occupent des droits de l'homme dans les territoires palestiniens sous occupation militaire. Il est concevable que dans une telle situation, les organisations des droits de l'homme soient la cible de l'hostilité de larges secteurs de la société juive israélienne.

Cette colère envers les associations israéliennes des droits de l'homme n'est pas nouvelle; nous la considérons comme un risque professionnel. Au fil des ans, les chroniqueurs israéliens nous ont dénoncés pour avoir aidé et encouragé les terroristes, des groupes de la société civile ont tenté de discréditer notre recherche et d’attaquer nos motivations, et les politiciens de droite ont un projet de loi pour restreindre nos activités. 

Ce mois-ci, le conflit israélo-palestinien a de nouveau dégénéré en une guerre à part entière, malgré qu'elle soit très asymétrique, et l'hostilité nationaliste israélienne a augmenté de façon spectaculaire. La majeure partie de celle-ci est dirigée vers les citoyens arabes d'Israël, qui souffrent d'agressions physiques, de menaces et d'autres formes d'intimidation. Les nationalistes ont aussi attaqué les manifestants de gauche et les manifestants pacifistes—juifs et arabes confondus—et ont menacé les militants des droits de l'homme. 

Il est trop tôt pour dire si les événements de ces dernières semaines indiquent une détérioration qualitative, ou simplement une augmentation du racisme et de l'intolérance que nous ne connaissons que trop bien. Dans les deux cas, l'atmosphère publique en Israël est inquiétante et doit être abordée. Les organisations des droits de l'homme réfléchissent depuis des années à la manière dont nous pourrions mieux faire adhérer le public israélien à notre message. Parallèlement au plaidoyer pour promouvoir des changements politiques spécifiques, de nombreuses organisations ont consacré de plus en plus de ressources à l'engagement du public. Nous avons tous des pages Facebook et des comptes Twitter, nous écrivons des éditoriaux dans la presse, et nous apparaissons sur tous les talk-show qui nous invitent. Nous intervenons dans les écoles et les universités, et proposons au public des visites pour voir la réalité de l'occupation sur le terrain. 

Je crois que ces efforts sont importants. Les gens ont besoin d'entendre et de participer à notre message, pour voir le visage humain de la souffrance que la politique israélienne provoque, et pour comprendre qu'il existe une alternative au racisme et au chauvinisme qui est tellement omniprésent. Dans notre réalité actuelle, cependant, il est peu probable que ces efforts incitent un nombre important de juifs israéliens à rejoindre les rangs des défenseurs des droits de l'homme. 

Montell%20copy.jpg

Hosam Salem/Demotix (All rights reserved)

A distraught Palestinian woman from the Shejaiya residential district of Gaza City searches through the ruins and rubble of buildings destroyed by Israeli airstrikes as the current conflict continues.


Beaucoup en Israël et à l'étranger déplorent ce dénigrement des organisations des droits de l'homme, et se demandent comment nous pouvons construire un groupe de soutien aux droits de l'homme plus important auprès du public. 

Pour répondre à cette question, il est important de faire la différence entre le soutien aux droits de l'homme et le soutien aux organisations des droits de l'homme. Notre objectif est de promouvoir les premiers, pas nécessairement ces dernières. Si les décideurs politiques israéliens ou le grand public changent leurs visions des droits de l’homme des palestiniens, mais continuent de nous dénigrer, nous aurons quand même réussi.

Lorsque j'ai consulté les entreprises de relations publiques, sondeurs et autres experts sur la manière de façonner l'opinion publique israélienne au sujet des droits de l'homme, leur conseil a toujours été une version de "être plus intelligent, même si vous avez moins raison." Cela dit, ils nous conseillent de dénoncer plus fréquemment les violations des droits de l'homme en Palestine; de mettre en évidence les questions qui résonnent avec une majorité d'israéliens, comme la violence des colons juifs contre les palestiniens, plutôt que des questions plus controversées comme les abus de l'armée.

À ce jour, tous les succès obtenus dans le domaine des droits de l'homme dans le contexte israélo-palestinien ont été le résultat d'une stratégie de plaidoyer envers l'élite

Cependant ces conseils ont une portée très limitée. Si nous voulons rester fidèles à l'ADN des droits de l'homme, nous devons parler, même quand il est très impopulaire de le faire. Le conflit actuel à Gaza n'est qu'un des nombreux exemples. 

Ainsi devons-nous être populaires pour être efficace ? Si nous parlons d'effectuer des changements de politiques concrets, la réponse est clairement non : à ce jour, tous les succès obtenus dans le domaine des droits de l'homme dans le contexte israélo-palestinien ont été le résultat d'une stratégie de plaidoyer envers l'élite—en majorité des questions juridiques intérieures combinées avec le plaidoyer international. C'est le cas avec l'abolition de la torture lors des interrogatoires de routine israéliens, le déplacement de la Barrière de Séparation le long de la Cisjordanie palestinienne, et l'arrêt des démolitions punitives de maisons, un succès de 2005, qui semble désormais s'être inversé. 

Si pour obtenir le changement il est nécessaire de convaincre une majorité de l'opinion publique israélienne que la torture est strictement interdite—dans un climat où la torture a été présentée comme cruciale pour empêcher les attentats-suicides—je crains que la torture demeure systématique jusqu'à ce jour. 

Bien sûr, cela appartient au domaine du raisonnement tautologique : bien que nous n'ayons pas l'appui du public pour notre programme, nous avons réussi à faire des changements en dépit de l'absence de soutien public. Si une majorité de la population juive israélienne soutenait notre programme, ce changement serait certainement plus facile. 

Mais là encore, si une majorité de la population juive israélienne soutenait pleinement le programme des droits de l'homme, ce système d'occupation militaire ne se perpétuerait pas.

imgupl_floating_none

Had enough of ‘alternative facts’? openDemocracy is different Join the conversation: get our weekly email

Comments

We encourage anyone to comment, please consult the oD commenting guidelines if you have any questions.
Audio available Bookmark Check Language Close Comments Download Facebook Link Email Newsletter Newsletter Play Print Share Twitter Youtube Search Instagram