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Pour vraiment internationaliser les droits de l’homme, le financement doit avoir du sens

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Les donateurs occidentaux souhaitent-ils « internationaliser » le mouvement des droits de l’homme ou veulent-ils garder le contrôle en incluant une petite touche africaine symbolique ? Il est temps pour un financement viable sur le long terme qui ait du sens. English, Españolالعربية

Wanja Muguongo
19 January 2015

Qu’est-ce que l’internationalisation signifie vraiment pour les mouvements locaux et quelle en est la finalité ? Est-ce que cela signifie amener une poignée de personnes de petites ONG à des réunions avec des milliardaires philanthropes, des dirigeants de fondations et des intellectuels, pour démontrer qu’il y a des « africains dans la salle » ? Est-ce que cela rend le mouvement des droits de l’homme vraiment inclusif ?

En Afrique, nous travaillons sur des questions vitales sur lesquelles nous pouvons faire des progrès significatifs mais qui ne sont pas durables si les investissements des donateurs sont de faible importance ou mal adaptés. Les organismes internationaux de financement ont besoin de prendre conscience que les investissements dans les actions de mobilisation de l’opinion publique sur les droits de l’homme doivent être stratégiques. Ils ont besoin d’être informés par les bénéficiaires visés et d’être réactifs face aux besoins spécifiques exprimés afin que ces investissements soient stratégiques et durables.

Nous voulons que les organismes internationaux de financement adhèrent à nos idées et à nos stratégies et qu’ils les soutiennent, car cela nous permet de faire ce que nous devons faire, en procédant de la manière dont nous avons besoin de procéder. Les donateurs internationaux ont besoin d’écouter et de se voir comme des facilitateurs du travail qui nécessite leur soutien. Les fondations en dehors de l’Afrique doivent prendre conscience qu’elles ne peuvent pas vraiment savoir quelles sont les priorités des mouvements africains, mais elles connaissent les organisations qui savent quelles sont les priorités, et elles peuvent établir des partenariats honnêtes et respectueux avec elles. Aussi bien intentionnés soient-ils, les donateurs ou organisations internationales des pays du Nord ne sont pas africains, et ils ne sont pas des militants pro LGBTI africains travaillant dans un environnement africain.

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Shutterstock/Jim Vallee (All rights reserved)

Foundations outside of Africa must recognize that they cannot truly know the priorities of African movements, but they do know organisations that know the priorities, and they can make honest, respectful partnerships with them.


Nous savons ce qui est important, parce que nous ne faisons pas que travailler dans le domaine, nous sommes le domaine. Nous savons exactement ce que nous pouvons accomplir. Nous savons comment nous pouvons être utiles parce que nous existons dans nos mouvements et nous faisons partie de ces mouvements. Nous ne sommes pas en prise avec un problème existentiel pour savoir qui nous sommes ou si nous sommes pertinents ou non. Nous savons exactement où nous souhaitons aller.

Le travail en faveur des LGBTI en Afrique doit être financé durablement. Une série de soutiens d’urgence ponctuels, ou de projets d’aides d’une durée de un à deux ans, n’aide pas de manière durable, et peut même être contreproductif. Nous avons besoin de commencer à penser au long terme parce que nos opposants sont déjà investis sur le long terme. Prenez par exemple les rassemblements d’enfants contre les homosexuels que le gouvernement de Museveni a parrainé à Kampala. La droite chrétienne mondiale est une force très puissante à laquelle nous devons faire face. Les organisations chrétiennes américaines et celles d’autres pays investissent sérieusement dans les activités contre les personnes LGBTI, et elles sont en Afrique sur le long terme. Elles investissent dans une génération anti LGBTI à venir qui va occuper l’espace académique, politique, législatif et judiciaire de notre continent africain. Cela devrait nous inviter à réfléchir, parce que des investissements de même type ne sont pas réalisés dans les mouvements africains de défense des personnes LGBTI. Au lieu d’investir dans les changements systémiques et structurels, les réformes législatives et politiques, le développement de mouvements, le renforcement de la société civile, ou la justice sociale, le discours en matière de financements est fortement axé sur les questions de sécurité et de secours.

Les gouvernements africains ont besoin de se maintenir au pouvoir maintenant plus que jamais auparavant, et ils vont de plus en plus utiliser les droits des homosexuels comme un enjeu. Les organisations panafricaines essayent de riposter mais avec de faibles sommes d’argent, passant tout leurs temps à lever des fonds. Si le niveau d’investissement dont nous avons vraiment besoin était disponible, les militants africains pourraient concevoir des stratégies et accomplir beaucoup plus.

Le problème est que de nombreux donateurs occidentaux voient encore l’Afrique comme le «  continent obscur. » Ils ne savent pas en qui faire confiance, et ils ne croient pas vraiment dans les capacités des acteurs locaux. Alors pourquoi les financeurs internationaux n’investissent-ils pas durablement ? Le problème est que de nombreux donateurs occidentaux voient encore l’Afrique comme le «  continent obscur », un endroit qui leur fait peur, où ils sont peu à l’aise et en proie à l’incertitude. Ils ne savent pas en qui faire confiance, et ils ne croient pas vraiment dans les capacités des acteurs locaux. Ils préfèrent investir dans les organisations internationales de défense des droits de l’homme qui vont identifier et travailler avec des « partenaires locaux sur le terrain ». Au lieu d’investir directement dans une stratégie de conception africaine, par exemple, ils payent pour que quelques africains se joignent à une session de stratégie à Genève ou à New York conçue par les organisations internationale du Nord. Une fois là-bas, les militants vont probablement reprendre à leur compte le programme de ceux qui ont payé leur voyage.

Nous devons lutter contre cette peur de l’engagement. Nous ne pouvons pas nous permettre le temps de laisser la peur nous immobiliser. La loi ougandaise contre l’homosexualité a été promulguée début 2014, et UHAI a immédiatement soutenu les militants locaux pour défier leur gouvernement devant la Cour constitutionnelle ougandaise. Ce fut un investissement coûteux. Mais nous savions que c’était un bon investissement, et il a payé : la loi a depuis été annulée. Mais les organismes de financement internationaux qui ont la capacité de faire de gros investissements furent timides et prudents sur notre choix en matière de stratégie. Ils furent nombreux à préférer parler de soutien pour des opérations de secours.

Ensuite, il y a les craintes liées à la responsabilité financière en Afrique. C’est une inquiétude toute aussi décevante car lorsque vous prenez UHAI comme exemple, nos audits financiers et nos systèmes de contrôle et d’audit internes ont été irréprochables, et ils ont tous été conduits par des sociétés d’audit internationales utilisant les normes internationales de responsabilité. Il est donc tout simplement incorrect de dire que les mécanismes de responsabilité n’existent pas.

Nous voyons également l’espace d’expression de la société civile se réduire rapidement en Afrique. Une façon importante dont le mouvement LGBTI peut contribuer à s’opposer à l’oppression est en ayant des ressources suffisantes pour inviter les grandes organisations à nous rejoindre et non l’inverse. Ceci nécessite un investissement qui ne laisse pas la place à la peur. Les mouvements LGBTI dans le Nord dictent ce qui peut être qualifié de pertinent en matière d’investissements pour leurs pays. De même, nous devons commencer à écouter les africains et investir en eux.

Si les grands donateurs dans le domaine des droits de l’homme veulent vraiment internationaliser le mouvement des droits humains, ils vont devoir commencer à nous faire confiance avec leur argent. Faire transiter l’aide du haut vers le bas de la chaîne, d’organisation en organisation, de New York à l’Afrique, ne marche pas. Alors que chaque organisation prend sa part, les sommes deviennent de plus en plus faibles, mais les obligations en matière de remontée de l’information et de responsabilité deviennent plus importantes et les groupes locaux voient leur niveau de contrôle et leur capacité à travailler efficacement disparaître. Ce type de stratégie fragmentaire et indirecte ne marcherait pas si le financement suivait la direction opposée, de Nairobi à New York. Pourquoi, alors, pensent-il que cela va fonctionner en Afrique ?

Les petites subventions à court terme ne constituent pas un soutien adéquat pour préparer les africains à l’ampleur du travail qui est nécessaire afin d’améliorer notre situation. Nous devons apporter aux organisations africaines des investissements substantiels et durables qui peuvent faire une vraie différence en matière de stratégie. C’en est assez avec l’argent de poche.

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