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Quand la protection des civils dans les crises humanitaires est en jeu : comment mesurons-nous le succès ?

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Le programme de protection d’Oxfam en RDC montre comment les « signaux du changement » peuvent nous aider à évaluer le progrès. Une contribution au débat d’openGlobalRights sur l'évaluation et les droits de l'homme. English

Helen Lindley
18 August 2015

Au cours de la dernière décennie, la protection dans les crises humanitaires s’est fortement développée. Cependant, comme l’a fait remarquer une étude récente, l’évaluation de la protection et des activités n’a pas été abordée de manière adéquate dans les débats sur l’évaluation de l’action humanitaire. Bien que nous sachions que l’évaluation est importante, nous ne nous sommes toujours pas clairement accordés sur ce qui constitue le succès et sur la manière de le mesurer. Cependant, notre capacité à évaluer le succès (ou l’absence de succès) aura clairement un impact sur la manière dont nous procédons lors de futures crises.

La protection à base communautaire en RDC

Le programme de protection d’Oxfam en République démocratique du Congo (RDC) s’est certainement heurté à un certain nombre de défis dans l’évaluation de son efficacité et de ses progrès. Depuis 2009, Oxfam a apporté son soutien aux Comités de protection communautaires (« comités ») en RDC pour identifier les menaces pesant sur la protection, allant du travail forcé, des taxes et des barrages routiers illégaux, au mariage précoce et à d’autres formes de violence sexistes. Une fois ces menaces identifiées, les comités se rapprochent des autorités civiles et militaires locales pour prendre des mesures visant à répondre aux menaces, en instaurant un dialogue sur des bases positives et en menant des actions de sensibilisation au niveau local ainsi que des actions de plaidoyer.

Déterminer de manière réaliste les changements poursuivis par un programme est vital pour l’évaluation, en particulier pour les approches de gestion axée sur les résultats. L’évaluation de ce travail présente un certain nombre de pièges. Déterminer de manière réaliste les changements poursuivis par un programme est vital pour l’évaluation, en particulier pour les approches de gestion axée sur les résultats. Cependant, en RDC, le succès prend souvent la forme du compromis. Pour les comités, cela se traduit par la négociation de la suppression de certains (mais pas de tous) barrages routiers illégaux qui taxent les personnes souhaitant passer, ou par des accords avec les chefs locaux les autorisant à ne prendre les produits des fermiers qu’une fois par semaine. En dépit de leur impact important sur la vie des populations, par exemple en faisant en sorte qu’il soit   rentable ou non d’aller au marché, il peut être difficile de communiquer sur ce type de compromis. De plus, ces compromis sont sujets aux jugements de valeur de l’évaluateur. Qui décide de ce à quoi ressemble le succès ?

Lorsque des changements positifs se produisent, ils concernent fréquemment le long terme et ne sont pas linéaires. Bien que les actions de plaidoyer puissent avoir pour résultat la suppression de la menace pesant sur la protection, comme un barrage routier, une nouvelle menace peut surgir le jour suivant, ou la même menace peut revenir le mois suivant. Les changements fréquents dans le personnel des autorités locales font que les comités et les partenaires locaux peuvent être amenés à repartir de zéro et à devoir renouer des relations essentielles. Les évolutions en matière d’attitudes et de normes sociales d’une communauté envers les autorités locales et les problématiques, comme par exemple les violences sexistes, se produisent par nature sur le long terme. Par conséquent, il peut être difficile de déterminer à tout moment l’ampleur et le sens de ce changement.

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Flickr//Oxfam International (Some rights reserved)

Congolese women attend an Oxfam-led committee meeting on sexual and gender based violence Bweru, DRC.


Relever des défis communs

La cartographie des incidences s’est révélée utile pour relever ces défis. En se focalisant sur l’identification des changements chez les différents acteurs (qu’on appelle les partenaires limitrophes) qu’un programme « s’attend à voir », « souhaiterait voir » et « aimerait voir », la cartographie des incidences a aidé l’équipe Protection d’Oxfam à identifier une série de petites évolutions significatives chez ces acteurs. Ces évolutions d’ordre mineur agissent comme des « panneaux de signalisation » indiquant si le changement à long terme se produit. Cela permet à l’équipe d’être réaliste sur ce qu’elle peut s’attendre à réaliser dans un laps de temps donné (un projet d’une durée d’un an ou de trois par exemple), aidant à identifier ce qui doit être évalué et ce qui doit être communiqué aux donateurs.

La collecte de résultats a ensuite fourni un moyen d’identifier les cas spécifiques de changements comportementaux. Ces données ont permis au programme d’aller au-delà des simples déclarations (p.ex., « les comités approchent les autorités et mènent des actions de plaidoyer ») et d’enregistrer 24 cas spécifiques d’actions de plaidoyer par les comités concernant divers problèmes de protection, ainsi que les résultats engendrés, au cours d’une période de trois mois. En se développant, ce processus va devenir utile à l’apprentissage et l’évaluation.

La cartographie des incidences s’appuie souvent sur les méthodes d’observation pour enregistrer le changement, comme par exemple à l’aide d’un journal. Cependant, certains changements, comme ceux concernant les attitudes et les normes sociales concernant le rôle traditionnel de l’homme et de la femme ou le mariage précoce, peuvent être difficiles à observer et à enregistrer directement. Les changements spécifiques identifiés via la cartographie des incidences ont fourni un cadre pour guider la conception de différents instruments de collecte des données, comme les enquêtes et les groupes de discussion. Nouer le dialogue avec les membres de l’équipe a, par exemple, révélé qu’un changement essentiel, que le programme se doit de réaliser, concerne les réponses des membres des communautés en cas de violences sexuelles. Traditionnellement, les rescapés ont fait face à un niveau élevé de stigmatisation alors que les femmes et les filles célibataires peuvent être forcées à se marier avec le coupable. C’est souvent appelé une « solution à l’amiable » reflétant les normes sociales autour de l’acceptabilité du mariage forcé. Le programme cherche à remettre en question ces normes par des actions de sensibilisation menées au niveau local par les  comités.

L’équipe a ensuite pu s’appuyer sur les meilleures pratiques dans le domaine de l'évaluation des normes sociales pour inclure dans les enquêtes et les groupes de discussion des questions comme par exemple « que se passerait-il normalement si une femme était violée ? Comment les gens réagiraient-ils ? Que diraient-ils sur la personne ? ». Dans certains cas, les réponses à ces questions ont révélé une réduction de la stigmatisation des rescapés et une réduction de l’acceptabilité du mariage forcé.

Au final, les méthodes les plus simples se sont souvent révélées être les plus efficaces. Le fait de parler des résultats des groupes de discussion village par village avec l’ensemble du personnel a permis au programme de tirer des enseignements pratiques et spécifiques au contexte, comme par exemple l’importance des certificats médicaux gratuits pour les rescapés de violences sexuelles. Que ce soit via l’utilisation de la cartographie des incidences, de la gestion axée sur les résultats, ou d’autres approches, le processus visant à impliquer les membres de l’équipe dans l’identification des changements que le programme cherche à réaliser, chez qui et dans quel laps de temps, peut être un atout important.

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