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Une crise qui n’a pas lieu d’être

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Le sondage réalisé dans plus d’une vingtaine de pays montre un soutien public en faveur des réfugiés bien supérieur à ce qui est généralement reporté. Une contribution au débat d’openGlobalRights sur le futur de la protection des réfugiés. EnglishEspañol 

Sherif Elsayed-Ali
14 July 2016

La forte augmentation du nombre de personnes (réfugiés et migrants) arrivant en Europe en 2015 a considérablement renforcé l’attention portée à la crise des réfugiés qui sévit au Moyen-Orient depuis cinq ans. Mais cela fait des décennies que les crises, dans le domaine des droits humains et humanitaire, touchent les réfugiés à travers le monde. Cependant, ces crises ne sont ni inévitables, ni insolubles. En fait, la raison pour laquelle des millions de réfugiés continuent à souffrir des années après avoir été forcés à fuir leur pays est liée à  l’indifférence, et parfois à l’hostilité, des gouvernements et des responsables politiques. En revanche, le soutien en faveur des réfugiés parmi les citoyens des pays du monde entier est étonnamment  élevé.

La vague de solidarité qui a suivi la mort par noyade de l’enfant syrien, Alan Kurdi, en septembre 2015, et qui a vu la montée du mouvement #RéfugiésWelcome, a été contrée, souvent énergiquement, par la rhétorique anti-immigration. Dans certains pays, les responsables politiques ont adopté une posture ouvertement xénophobe et certains gouvernements ont introduit des politiques souvent considérées comme racistes.

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Press Association Images/Petros Giannakouris (All rights reserved)

Volunteers help refugees come ashore in Greece. Empathy for the plight of refugees has fueled significant popular support for more welcoming asylum policies.


Au fil des années, dans de nombreuses conversations avec mes collègues du mouvement en faveur des droits humains, nous avons tenu pour acquis le fait que le grand public était majoritairement défavorable aux réfugiés. Ce sentiment ne se limitait pas à l’Europe mais englobait également les pays du Moyen-Orient, de l’Afrique, de l’Asie et de l’Amérique du Nord et du Sud.

Ainsi, le fait que la plupart des gouvernements soient constamment réticents à prendre des mesures proactives et concrètes afin de résoudre la crise mondiale des réfugiés semblait en grande partie dû au manque perçu de soutien public en faveur des réfugiés. Bien sûr, les gouvernements doivent protéger les droits humains quelque soit le niveau de soutien public. Dans de nombreux pays, des avancées, comme l’abolition de la peine de mort et la protection juridique des droits LGBTI, ne se seraient pas matérialisées sur la seule base du soutien populaire. D’un autre côté, le soutien public en faveur de la résolution d’une crise des droits humains devrait pousser les gouvernements à agir.

Chez Amnesty International, l’incroyable vigueur du militantisme en faveur du mouvement #RéfugiésWelcome en Europe nous a amené à remettre en question le discours communément accepté comme quoi le grand public ne soutenait pas les réfugiés. Nous avons réalisé que les données empiriques évaluant l’opinion publique sur les réfugiés étaient peu nombreuses alors nous avons chargé GlobeScan, une grande société d’études de l’opinion  publique, d’effectuer une enquête internationale. Ils ont interrogé 27 000 personnes, dans 27 pays, sur leur degré d’acceptation des réfugiés à l’aide d’une échelle progressive (chez elles, dans leur quartier, dans leur ville ou dans leur pays) ou sur leur refus de toute entrée dans le pays.

L’enquête a été menée fin 2015 et début 2016. Ses résultats sont statistiquement représentatifs de l’opinion dans chaque pays. Les conclusions sont stupéfiantes : 80 % des personnes interrogées accepteraient les réfugiés dans leur pays et les deux tiers sont d’avis que leur gouvernement devrait faire davantage afin d’aider les réfugiés à fuir la guerre et la persécution. Au Royaume-Uni, 29 % des personnes interrogées se sont déclarées prêtes à accueillir les réfugiés chez elles. En Allemagne, 66 % des habitants ont dit qu’ils accepteraient les réfugiés chez eux ou dans leur quartier. En Espagne, la même proportion de personnes interrogées ont dit qu’elles accepteraient les réfugiés chez elles, dans leur quartier, dans leur ville ou village. Au Canada, ce chiffre est de 73 %. Vous pouvez trouver plus d’informations sur les résultats de l’enquête ici et ici ; l’intégralité des données peut être téléchargée ici.

La présomption selon laquelle l’opinion publique n’est pas solidaire en matière de protection des réfugiés doit être sérieusement remise en cause. Les enquêtes reflètent une situation à un instant donné. Les opinions et les attitudes évoluent et les sondages mondiaux ne peuvent pas prendre pleinement en compte le contexte local. Cependant, ce sondage nous révèle très clairement que la présomption selon laquelle l’opinion publique n’est pas solidaire en matière de protection des réfugiés doit être sérieusement remise en cause. Cela donne au mouvement en faveur des droits humains un argument important à faire valoir auprès des gouvernements qui justifient leur manque d’action sur la crise des réfugiés en invoquant la réticence du grand public à accepter les réfugiés.

La crise des réfugiés peut être résolue. Le 19 septembre, l’ONU organise un sommet sur les crises des réfugiés et des migrants et devrait adopter un pacte mondial sur le partage des responsabilités pour les réfugiés. C’est une opportunité rare, pour les dirigeants du monde, de juguler la crise actuelle des réfugiés et de prévenir les crises dans le futur. La force de ce pacte mondial sera déterminante sur la persistance ou sur la résolution de cette absurde tragédie des droits humains.

Le monde compte environ 20 millions de réfugiés. Si certains se sont intégrés au sein de leur pays hôte, ce n’est pas le cas pour la majorité d’entre eux. Ils vivent dans des camps et des zones urbaines défavorisées, avec un accès limité à l’éducation, à la santé et à l’emploi. Dans de nombreux pays, ils n’ont pas de statut juridique sûr : ils risquent la déportation, la détention arbitraire et sont victimes de discrimination, notamment sur le marché de l’emploi et dans le domaine de l’enseignement supérieur. Ils ont tous un point en commun : ils ne bénéficient plus d’aucune protection de la part de leur pays d’origine.

Traiter les causes profondes du problème des réfugiés est un défi : mettre un terme aux conflits, à la persécution et aux violations des droits humains ne se fait ni aisément, ni rapidement. Mais si les gouvernements s’entendent sur un mécanisme efficace et durable de partage des responsabilités, ils peuvent mettre un terme aux souffrances de ceux qui ont été forcés à devenir des réfugiés. Cela passe par la relocalisation de plus d’un million de réfugiés dans le monde, l’ouverture par les États de leurs portes aux réfugiés présents dans des pays, comme la Turquie, qui accueillent un nombre disproportionné de réfugiés, et une aide ainsi qu’un soutien financier suffisant afin de garantir aux réfugiés l’accès à l’éducation, à la santé et à un niveau de vie décent.  

Le nombre de réfugiés dans le monde est à un niveau historiquement élevé mais il reste en deçà de 0,3 % de la population mondiale : la communauté internationale est tout à fait capable de protéger collectivement moins d’un tiers de pourcent de la population mondiale. La seule chose qui empêche les gouvernements de résoudre la crise des réfugiés, c’est l’indifférence et non pas l’opinion publique.

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