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Syrie, la RDC et la « responsabilité de protéger » : le double standard des États-Unis

L’administration Obama s’inquiète de la prévention des atrocités de masse surtout lorsque les intérêts américains sont en jeu. Cependant, dans le cas des conflits les plus meurtriers de la planète où les alliés des États-Unis sont les agresseurs, le R2P est rarement ou jamais mentionné ou invoqué. English.

Plus tôt cette année, le Président Obama a repondu à une question sur l’intervention en Syrie  en demandant comment soupeser « les dizaines de milliers de personnes qui ont été tués en Syrie versus les dizaines de milliers d’autres qui sont actuellement tués au Congo? » Aussi tragique et dévastateur que le conflit du Congo puisse être, son peuple ne demandent pas aux États-Unis – ni à la communauté internationale – d’y intervenir militairement.

L’Organisation des nations unies (ONU) avance que le conflit sévissant en République démocratique du Congo (RDC) est le plus meurtrier depuis la Seconde guerre mondiale. En effet, des millions de personnes y ont péri depuis 1996, autant comme cause directe et qu’indirect de la guerre. La moitié de ces vies perdues sont celle d’enfants de moins de cinq ans et les groupes armés ont violé des centaines de milliers de femmes, souvent dans le cadre d'une stratégie délibérée.

Malgré tout, la catastrophe congolaise est passée pratiquement inaperçue dans les médias du monde entier et a été mise sous la sellette par les leaders mondiaux. Cette négligence est stupéfiante à l’ère de la "responsabilité de protéger" (Responsibility to Protect en Anglais, R2P). Après tout, la R2P fût le cri de ralliement des États-Unis en Libye comme elle l’est encore aujourd’hui, en Syrie. Pour le cœur de l’Afrique pourtant, les États-Unis n'ont pas encore lancé d'appels semblables face à la tragédie du Congo, qui est de loin la plus meurtrière. En plus, solutionner le conflit au Congo n'exige pas la mobilisation des ressources militaires des États du monde entier. En réalité, pour effectivement sauver des vies et favoriser la paix en RDC et ses environs, un certain nombre d'outils diplomatiques sont à la disposition de leaders mondiaux.

Depuis 1997, l’ONU et la société civile congolaise ont documenté les dynamiques du conflit et ont offert une gamme de recommandations : du rapport Garreton en 1997, au rapport « Mapping » de l'ONU de 2010. Face à ce dernier par exemple, l’administration Obama est pratiquement restée silencieuse face à un rapport phare, où 550 pages décrivent 617 incidents violents allégués être survenus en RDC entre mars 1993 et juin 2003. Le Département d'état n'a pas répondu aux questions de l'Associated Press et Susan Rice, parmi les plus fervents défenseurs de la R2P, a refusé des requêtes d'entretiens sur la question.

En 2005, Sénateur Obama à l’époque, a présenté et commandité le projet  de loi « S. 2125 », The Democratic Republic of the Congo Relief, Security and Democracy Promotion Act (PL 109-456), promulgué par l’ancien Président George Bush en décembre 2006. L’ancienne Secrétaire d'état américain, Hillary Clinton et l’actuel, John Kerry, en étaient des co-commanditaires. La section 105 de cette loi déclare que : « le Secrétaire d'état est autorisé à lever l’assistance rendue disponible par la loi Foreign Assistance Act de 1961 (22 USC. 2151 et seq.) à un pays étranger, - autre que l'aide humanitaire, les missions de paix, ainsi que les actions contre le terrorisme – si le Secrétaire détermine que le gouvernement du pays en question entreprend des actions qui déstabilisent la République démocratique du Congo ».

Le Président Obama n’a pas encore entièrement mis en œuvre cette loi malgré le fait que son propre gouvernement ait dit qu’il existe une "évidence crédible" que le Rwanda soit un acteur de déstabilisation au Congo. Une des raison clé qui a fait en sorte que l'administration Obama ait refusé de tenir le Rwanda et l'Ouganda responsables de leurs actes - du moins jusqu'à l'été de 2012 où le gouvernment américain a coup à une partie de son aide militaire au Rwanda suite à son support aux rebelles en RDC – est lié au fait que les deux pays sont des loyaux alliés des États-Unis. Ces derniers ont usé de ce qui est appelé la « diplomatie discrète », qui exclue la condamnation publique et diplomatique, ainsi que l’imputabilité politique par l’Amérique. À vrai dire, les deux nations ont reçu carte blanche pour agir comme bon leur semble au Congo.

En abordant la participation "non-facilitatrice" et négative du Rwanda au Congo, l'ancienne Ambassadrice américaine à l’ONU, maintenant Conseillère à la sécurité nationale, Susan Rice, a défini la situation comme étant «compliquée». Le fait est que la question n'est pas compliquée du tout : les États-Unis ont donné au Rwanda et à l'Ouganda un libre règne au Congo. En tant que Secrétaire d’état adjointe pour les affaires africaines pendant l'administration Clinton, Susan Rice a été citée comme ayant dit du Rwanda et des transgressions de l'Ouganda au Congo que tout ce que les États-Unis devaient faire était de « détourner le regard ».

Le Rwanda et l'Ouganda ont pu échapper aux sanctions de l'ONU et à la significative  pression internationale en grande partie grâce à la couverture diplomatique et politique américaine dont ils bénéficiaient. Philippe Bolopion de Human Rights Watch l'a brillement souligné dans un commentaire au New York Times en janvier 2013 où il confiait que le Rwanda n'aurait pas pu échapper à sa responsabilité face à la déstabilisation du Congo sans amis puissants comme les États-Unis. Quoique ce dernier ait récemment intensifié son engagement au Congo et dans la région des Grands Lacs en y nommant un Représentant spécial et en y soutenant l’Accord de paix de l'ONU signé par 11 pays et quatre organismes internationaux et/ou régionaux en février 2013, l’aboutissement à un changement fondamental dans la politique américaine de support « d’hommes forts » doit subvenir.

Malgré le rôle crucial que ces leaders aient joué dans les atrocités massives au Congo, les États-Unis n’ont cessé d’interférer en leur nom en fournissant couverture diplomatique et politique, particulièrement à l'ONU. De telles actions sont en opposition totale avec ce que les États-Unis appellent « la responsabilité de protéger » dans des endroits comme le Soudan, la Libye et la Syrie, où les criminels n'étaient pas des alliés américains et où les intérêts de ces derniers n’auraient pas pu être fondamentalement et négativement affectés par un plaidoyer américain en faveur du principe de la R2P.

L'administration Obama et un certain nombre de ses acteurs-clés montrent de l’appréhension lorsqu'il est question de prévenir des atrocités massives principalement quand ces dernières servent les intérêts américains. Cependant, dans le cas du conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité, où les agresseurs sont des alliés américains, la R2P est rarement mentionnée, ni même invoquée. En fait, les plus fervents partisans de ce principe agissent davantage pour protéger les responsables d’atrocités massives que de les en tenir responsables.

Malgré l'attention actuelle portée sur la Syrie, le plus grand test de l'administration Obama est cependant celui de la RDC, où des millions sont morts en grande partie à cause d'une guerre d'agression financée par deux alliés clés des américains : le Rwanda et l'Ouganda. Tous deux ont entériné une guerre d’agression de 17 ans contre le Congo en envahissant deux fois le pays (en 1996 et en 1998), en se battant l'un contre l'autre sur le sol congolais (en juin 2000) et en parrainant des groupes de milices à l'intérieur du Congo (de 2004 à aujourd’hui).

Les États-Unis ont fourni la formation militaire, les armes, l'intelligence de guerre et le financement à l'armée du Rwanda qui a, à son tour, parrainé et dirigé des criminels de guerre ayant commis des crimes de guerre et des crimes contre l'humanité au Congo, perpétuant ainsi le conflit le plus meurtrier de l’histoire de l’humanité. Ici, force est de constater que les États-Unis ont échoué. La « diplomatie discrète » de l’administration Obama et sa réponse du type « c’est compliqué » sont des réactions absolument inadéquates à la crise humanitaire la plus importante du début du 21e siècle.

About the author

Kambale Musavuli is based in New York City, and serves as the spokesman for the Friends of the Congo, a group that raises global consciousness about the situation in the Congo and provides support to local institutions. He is featured in the short film Crisis in the Congo: Uncovering the Truth. Follow him on twitter @kambale or Facebook.

Kambale Musavuli est le porte-parole de l'organisation Friends of the Congo (Amis du Congo). Il est un des intervenants dans le court-métrage «Le conflit au Congo: la vérité dévoilée », une version abrégée d'un documentaire à venir qui examine le rôle du Rwanda et de l'Ouganda dans la guerre en RDC.  Suivez-le sur Twitter @kambale ou sur Facebook.

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