La doctrine philosophique et juridique connue sous le nom de « théorie de la guerre juste » a été au centre des débats intellectuels sur l’éthique de la guerre en Occident depuis des centaines d’années. Elle sert également en grande partie de base au droit international humanitaire afférent à la conduite de la guerre et a directement influencé la doctrine officielle de ciblage dans le domaine militaire aux États-Unis.
Mais dans quelle mesure l’opinion publique américaine sur l’utilisation de la force est-elle cohérente avec les principes éthiques de la doctrine de la guerre juste ? Comprendre dans quelle mesure le public a intégré ces principes permet d’appréhender la manière dont la guerre est susceptible d’être menée dans le monde réel puisque, au moins dans les États démocratiques, le public exerce une influence importante sur la politique des gouvernements.
Notre recherche évalue l’acceptation par le public de trois principes moraux clefs tirés de la théorie de la guerre juste. Ces principes sont généralement désignés par le terme « discrimination » (parfois appelée « l’immunité du non-combattant ») qui interdit le ciblage intentionnel de non-combattants, par celui de « proportionnalité », qui demande aux décideurs militaires de mettre en balance le coût pour les civils étrangers d’une opération spécifique avec la manière dont cette opération peut contribuer à faire gagner la guerre, et enfin par le terme de « diligence », qui exige que les combattants essayent de minimiser les dommages collatéraux même si cela signifie accepter un risque plus élevé pour eux-mêmes.