«The good life»: l’enseigne surplombe le centre humanitaire de Porte de la Chapelle, au nord de Paris. Photo de Piers Purdy. Tous droits réservés.
La plupart de mes conversations au centre humanitaire de Porte de la Chapelle démarraient de la même façon, je demandais « D’où viens-tu ? ». Dans le cas de Muhammad, âgé de 17 ans, il m’expliqua qu’il venait d’Afghanistan et qu’il avait marché plus de 5.500 km pour arriver ici. Bien que nous étions debout dans le froid, une nuit de décembre à Paris, avec seulement un bol de soupe pour nous réchauffer, il restait enthousiaste à l’idée de me parler, en anglais, de son voyage : le besoin de fuir l’insécurité de son pays, les insultes racistes qu’il a subies pendant son voyage et la façon dont il a perdu ses amis en cours de route.
« L’Iran est très dangereux » me dit-il. La route de « l’exode afghan » contraint à traverser le désert, pendant plusieurs jours et nuits, avec très peu de vivres et d’eau, pour se rendre à Téhéran, la plaque tournante et le point de relais du trafic de ressortissants afghans dans le pays. « Certains de mon groupe sont morts de déshydratation dans le désert », me dit-il. Avoir été témoin du décès de ses compagnons de voyage l’a, à l’évidence, marqué. Outre les dangers de l’épuisement, la frontière afghano-iranienne est régie par la violence. Décrit comme « le petit coin le plus effrayant du monde », les dangers du trafic d’êtres humains, les mouvements insurrectionnels et la gâchette facile de la patrouille frontalière, n’en font pas un environnement appropié pour des adolescents. Il ne semblait pas vouloir en raconter les détails.