Beyond Trafficking and Slavery

La recherche, plus que de l’extraction ? Production de connaissances et violence fondée sur le genre dans les conflits africains

La recherche sur la violence fondée sur le genre dans les conflits africains est parsemée d’embûches d’ordre éthique. Une nouvelle série examine comment les chercheuses et chercheurs peuvent éviter les pires pièges dans leur travail de terrain.

Annie Bunting Joel Quirk
15 July 2019
Kigali Genocide Memorial Centre in Kigali, Rwanda.
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Andy Wallace/Flickr. Creative Commons (by-nc)

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Plusieurs méthodes différentes peuvent être utilisées pour recueillir des informations. Le point de départ est le plus souvent l’Internet. Certaines personnes vont même à la bibliothèque. Dans la plupart des cas, l’objectif est de repérer des informations qui ont déjà été recueillies par d'autres personnes. Cependant, il arrive aussi que les informations requises ne soient pas disponibles. Dans de tels cas, s’il faut absolument certains types d’informations, il peut être nécessaire de sortir de ses quatre murs et d’aller les recueillir soi-même.

C’est ce que les chercheuses et chercheurs appellent généralement le travail de terrain. Se rendre dans des endroits précis et poser des questions aux gens concernant leurs opinions et leurs expériences. « Passer du temps » (Hanging out) à observer en quoi et pourquoi les gens se comportent de différentes manières. Tout cela peut sembler assez simple, mais si on creuse un peu plus, de nombreuses difficultés éthiques et pratiques commencent à surgir. Il est nécessaire de planifier minutieusement pour que les informations recueillies soient le plus fiables possibles, et que certaines conclusions ne soient pas exagérées ni déformées. Il faut également prendre d’autres mesures pour s’assurer qu’aucune des personnes participant au travail de terrain ne subisse de préjudice – physique ou psychologique – du fait de sa participation. Cette obligation éthique est souvent présentée comme une version du serment d’Hippocrate, par lequel les médecins s’engagent à « ne pas faire de mal ».

Plusieurs chercheuses, chercheurs (et journalistes) font de leur mieux pour respecter cette norme. Chaque fois qu’elles ou ils sortent pour recueillir des informations, elles/ils tentent de veiller à ce qu’il n’arrive rien de mal aux personnes qui leur apportent des réponses. Cela peut parfois être une tâche très difficile. Les personnes ayant connu une détresse personnelle – violence, perte, déplacement – ne sont pas toujours à l’aise de parler de leur vécu, et risquent parfois de subir des représailles et/ou un traumatisme en racontant ce qu’elles savent.

Cet engagement à éviter de causer du tort est sans doute important, mais est-il suffisant sur le plan éthique ?

L’éthique et la politique ne peuvent être séparées

Pour répondre à cette question, nous devons nous demander comment et pourquoi les informations sont recueillies, qui les recueille, qui apporte le financement, et quels types d’enjeux, de publics et d’héritages du passé déterminent la manière dont les informations sont présentées et diffusées. Une fois que ces questions sont posées sur la table, il devient vite évident que la production et la consommation de connaissances sur notre monde ont tendance à être extrêmement inégales. Prenez, par exemple, la question clé de savoir qui recueille les informations. Selon des estimations récentes de l’UNESCO, la part de chercheurs des « Cinq grands » – Chine, Union européenne, Japon, Fédération russe et États-Unis – est de 72%. L’Europe représente environ 11.4% de la population mondiale, mais elle accueille à peu près 31% des chercheurs et chercheuses. Cela contraste avec l’Amérique latine et l’Asie du Sud, qui abritent 3.6% et 3.1% des chercheurs et représentent 8% et 23.3% de la population mondiale. Seuls 1.1% des chercheurs se trouvent en Afrique subsaharienne.

Ces chiffres se prêtent à une analyse beaucoup plus élaborée. Certains lieux et sujets suscitent un intérêt et des investissements considérables, comme c’est le cas de la recherche sur la calvitie. D’autres, comme la recherche sur le paludisme, sont négligés. De plus, les expériences européennes et nord-américaines constituent souvent les principaux points de repère à partir desquels d'autres régions du monde sont évaluées, donnant lieu à une tendance récurrente à cataloguer et classer les « échecs » des peuples et des institutions non européennes. Cette tendance bien ancrée à réduire « le reste » à un miroir imparfait de « l’occident » a une histoire longue et troublante, qui relie directement les connaissances scientifiques au colonialisme et à l’impérialisme.

Les anciennes puissances coloniales, telles que la France, le Portugal et la Grande-Bretagne, continuent à jouer un rôle important dans la production de connaissances au sujet de leurs anciennes colonies, ce qui donne lieu à une tendance générale voulant que des personnes privilégiées venant de l’extérieur arrivent sans prévenir dans des endroits « exotiques » pour y mener de brèves missions « explorations ». Ces incursions font régulièrement intervenir des partenaires locaux, mais les conditions de ces partenariats peuvent être extrêmement unilatérales. Cela se résume souvent au pouvoir du portefeuille. Le contrôle du financement joue un rôle décisif dans le choix des sujets à prioriser, de la façon d’en parler et des types de produits permettant de déterminer si le partenariat est fructueux.

Les systèmes de privilèges et de marginalisation ne peuvent pas disparaître comme par enchantement et doivent donc être reconnus et questionnés.

Ces dynamiques politiques posent toutes sortes de problèmes éthiques, où l’injonction de longue date de « ne pas faire de mal » s’avère incomplète plutôt qu’incorrecte. Pour comprendre les enjeux dont il est question ici, il peut être utile d’établir une distinction approximative entre extraction et collaboration. Chaque fois que les sociétés minières extraient des ressources, elles creusent le sol et en soutirent des minéraux précieux qui seront transformés et consommés ailleurs. Les profits de l’exploitation minière reviennent aux sociétés et à leurs actionnaires. L’extraction de connaissances présente les mêmes caractéristiques. Les chercheurs partent à la recherche d’information, font de leur mieux pour s’assurer que personne n’est lésé au passage (contrairement à la plupart des sociétés minières), puis retournent dans leur pays pour développer leurs précieuses conclusions au profit de leur carrière. L’extraction ne peut pas être rejetée comme étant complètement contraire à l’éthique, car le seul fait d’éviter de causer du tort demande parfois énormément de soin et de sensibilité. Mais elle devrait toutefois être considérée comme un seuil minimum qui laisse largement de place à l’amélioration et au perfectionnement.

Comme il est plus facile de parler de collaboration que de la mettre réellement en œuvre, ce serait une grave erreur de supposer que tout le monde a toutes les réponses. Chaque fois que des personnes et des organisations se rassemblent autour d’un objectif ou d’un projet commun, nous croyons que les questions suivantes méritent d’être prises en compte :

  • Comment se réalise la discussion et la mise au point des priorités et des plans d’action d’ensemble ?
  • Qui est considéré comme une ou un « expert-e » ? Comment se détermine l’expertise ?
  • Qui prend la parole et à quelles conditions ? À quel point sommes-nous vraiment à l’écoute ? Comment les bénéfices liés à la production des connaissances sont-ils répartis ?
  • Qui tient les cordons de la bourse et comment les ressources sont-elles réparties ?
  • Comment les informations sont-elles présentées et à qui revient la responsabilité première de l’interprétation ?
  • Quels sont les publics visés ? En quoi leurs attentes influent-elles sur les résultats ?
  • Quels sont les effets des héritages, des hiérarchies et des systèmes de privilèges du passé ?
  • Qui a besoin d’un visa pour voyager ? Le visa est-il facile à obtenir ?
  • Quand est-ce que la collaboration se réduit à de la consultation, de l’instruction ou de l’extraction ?

Cette liste est loin d’être exhaustive, mais elle devrait néanmoins permettre d’illustrer les types de questions éthiques et personnelles qui doivent être au premier plan au moment de réfléchir à la forme que pourrait prendre la collaboration. Il est également important de reconnaître, par ailleurs, que ce ne sont pas des questions qui peuvent être définitivement résolues et donc mises de côté. Ce sont plutôt des questions qui demandent une autoréflexion continue, de l’inconfort et une volonté de repenser les conventions établies. Les systèmes de privilèges et de marginalisation ne peuvent pas disparaître comme par enchantement et doivent donc être reconnus et questionnés en vue de changer et de remettre en question les conditions politiques d’engagement. Si la collaboration est habituellement présentée comme une aspiration positive, le diable est dans le détail. Dès que la collaboration devient de l’extraction, il pourrait être nécessaire de couper complètement le cordon et aller chercher ailleurs.

Production de connaissances et violence fondée sur le genre dans les conflits africains

Ce qui précède est lié à une action plus large, qui ressort d’un projet de collaboration axé sur la violence fondée sur le genre dans les conflits africains. Le titre officiel de ce projet est « Esclavage conjugal en temps de guerre (ECtG) : Partenariats pour l’étude de l’esclavage, du mariage et des masculinités ». L’inclusion du mariage est très importante, car elle traduit une préoccupation particulière au sujet des enlèvements en temps de guerre qui font intervenir : 1) des femmes et des filles qui sont forcées de marier leurs ravisseurs ; et 2) des hommes qui se voient « attribuer/donner des épouses » par des commandants et/ou qui subissent aussi des violences sexuelles et fondées sur le genre. Cette combinaison d’enlèvement et de mariage violents a été constatée dans une série de conflits armés dans différentes régions d’Afrique. C’est le cas notamment des nombreuses atrocités commises par l’Armée de résistance du Seigneur (LRA) en Ouganda, des enlèvements plus récents liés à Boko Haram au Nigeria et des procédures pénales internationales très médiatisées mettant en cause des défendeurs comme Charles Taylor (Tribunal spécial pour la Sierra Leone) et Dominic Ongwen (Cour pénale internationale).

La violence fondée sur le genre en Afrique ne devait pas être un sujet sur lequel il est facile d’écrire. Il y a plutôt plusieurs complications et difficultés dont il faut tenir compte, notamment :

  • Les effets des représentations négatives et simplistes de l’Afrique et des Africaines et Africains, qui laissent leur marque sur la façon d’écrire sur l’Afrique et regroupent plusieurs points de vue en une seule histoire.
  • Le thème de la violence sexuelle en temps de guerre est étroitement associé au sensationnalisme, au voyeurisme et à l’exotisme, le même genre d’histoire se répétant encore et encore.
  • La violence est généralement considérée de manières très différentes. Les atrocités perpétrées par les agents publics, tels que les policiers ou les militaires, sont souvent éclipsées par les atrocités perpétrées par les ennemis de l’État, tels que la LRA ou Boko Haram.
  • Les effets persistants du colonialisme et de la suprématie blanche, qui trouvent leur expression – entre autres – dans le paternalisme associé au « complexe industriel du sauveur blanc ».

Plusieurs autres questions pourraient aussi s’ajouter, mais ce bref aperçu devrait tout de même suffire à illustrer qu’il y a plusieurs écueils et idées préconçues qui doivent être digérés.

Une façon de traiter de certaines de ces questions, c’est de modifier les termes de la conversation. Les formes de violence sexuelle en temps de guerre doivent être reliées aux violences sexuelles en temps de paix. Les faits récents doivent être analysés en rapport avec l’histoire et les conséquences de la domination coloniale en Afrique. Les formes de violence sexuelle doivent être appréhendées comme concernant aussi bien les femmes que les hommes, les gouvernements que les « rebelles ». Les interventions qui sont justifiées en termes humanitaires et paternalistes ne devraient pas prises au pied de la lettre, mais doivent être examinées de près pour en déceler les tensions, les exclusions et la violence. Il faut résister à la tentation de réduire des enjeux complexes à des formules simplistes – telles que « sauver des innocents » ou « acheter la liberté », car il arrive parfois que le fait de « faire quelque chose » finisse par nuire plutôt que d’aider.

Il est par ailleurs aussi important de ne pas oublier que ce n’est pas le genre de difficultés que nous devrions espérer résoudre une fois pour toutes. Comme les dernières recherches sur la vie après l’esclavage l’ont démontré à plusieurs reprises, le poids de l’histoire peut jeter une ombre sur le présent qui est inéluctable et qui doit donc être portée. Les différents ingrédients qui définissent qui nous sommes et où nous en sommes actuellement doivent être questionnés et reconnus, plutôt que laissés de côté.

Chaque « nous » trace une ligne autour d’un groupe de personnes différent et en laisse d’autres en marge ou à l’écart.

Qui sommes-nous ?

La tâche n’est pas aisée, puisqu’il arrive souvent que « nous » désigne essentiellement « les personnes qui sont comme moi ». Il est donc important de ne pas oublier que les références à « nous » ou « nos » supposent souvent que des lignes sont tracées et/ou que des suppositions sont faites. Selon le contexte, « nous » peut vouloir dire toutes sortes de choses différentes. Nous sommes des activistes. Nous sommes des universitaires. Nous sommes des chercheuses/chercheurs. Nous sommes des survivantes/survivants. Nous sommes d’Europe. Nous sommes d’Afrique. Nous ne trouvons pas ça drôle. Nous sommes peut-être toutes et tous humains, mais les grands appels à l’humanité dans son ensemble sont souvent fondés sur des points de vue particuliers qui finissent par être attribués à « l’humanité » en général. Chaque « nous » trace une ligne autour d’un groupe de personnes différent et en laisse d’autres en marge ou à l’écart. Ces lignes ne sont pas toujours explicites, mais ne sont pas pour autant sans importance. Le besoin de réfléchir à qui nous sommes et où nous en sommes ne prend pas la même forme pour tout le monde, mais renvoie plutôt aux puissants effets des identités superposées (layered identities).

Ces lignes ont toutes sortes d’effets sur un projet comme ECtG. Forte de cinq ans de financement du CRSH canadien, l’équipe du projet comprend six partenaires communautaires de l’Ouganda, du Nigeria, du Rwanda, du Libéria, de la Sierra Leone et du Congo et des universités du Canada, de l’Afrique du Sud et du Royaume-Uni. Comme dans le cas de tous les grands projets, les différents membres du projet ont différents rôles et responsabilités. Elles et ils occupent différentes fonctions, puisque l’équipe comprend des historiennes et historiens de l’esclavage, des activistes et des prestataires de services qui travaillent auprès de survivantes et survivants de violences liées aux conflits, des étudiantes et étudiants de cycle supérieur et d’autres chercheuses et chercheurs. Le lien le plus important qui unit les membres de l’équipe du projet, c’est un intérêt commun à comprendre et à combattre les formes de violence sexuelle en Afrique. Cependant, il y a aussi plusieurs différences et divisions sous-jacentes qui doivent être prises en compte.

L’une des questions les plus importantes ici tient au financement. Comme l’ont démontré plusieurs auteur-e-s, les bailleurs de fonds de l’hémisphère nord jouent un rôle prépondérant pour ce qui est de déterminer comment les projets situés dans l’hémisphère sud seront organisés et mis en œuvre. Les sources de financement jouent un rôle essentiel mais souvent négligé s’agissant de déterminer le type de questions devant faire l’objet d’interventions, comment traiter de ces questions, le type d’activités qui finissent par se réaliser « sur le terrain » et les formes de critères de base servant à évaluer les progrès ou les réussites. Les sources de financement peuvent aussi être liées à des objectifs politiques qui sont éthiquement douteux, comme arrêter l’afflux de réfugiés ou promouvoir l’homophobie.

D’autres couches s’ajoutent aussi quand l’éducation supérieure entre dans l’équation. Les universités viennent avec leurs propres objectifs, systèmes et langages. Elles accordent une grande importance aux produits axés vers les activités et les publics qui intéressent les universitaires, tels que les publications à comité de lecture rédigées en anglais, les argumentations théoriques abstraites, qui intéressent essentiellement d’autres universitaires, et la formation de la prochaine génération d’universitaires. Travailler comme universitaire comporte des privilèges de toutes sortes pour les professeurs permanents (quoique la permanence soit maintenant de plus en plus rare, l’augmentation rapide des contrats précaires renforçant les hiérarchies internes supérieures). Les universitaires permanents sont généralement bien rémunérés, disposent de tribunes stables pour s’exprimer et sont reconnus comme éminents spécialistes.

La recherche ne peut pas être encore une autre industrie extractive

Ces considérations et d’autres s’y rattachant ont des conséquences importantes pour un projet comme ECtG, qui s’intéresse aux formes de violence sexuelle en Afrique. Et ce sont les questions que les auteur-e-s de cette série BTS examineront au cours du prochain mois. D’abord et avant tout, il est fondamental de se demander comment et pourquoi les connaissances sont produites et pour quels types de publics. À l’extrémité extractive du spectre, il y a un scénario où toutes les grandes décisions sont prises dans l’hémisphère nord, où il n’y a aucun ou presque aucun apport local et où les principaux produits sont définis en fonction des intérêts extérieurs. Cela a pour effet de réduire les partenaires locaux à des « informateurs autochtones », dont la principale contribution est de produire des « données brutes » qui sont ensuite interprétées et diffusées par des spécialistes de l’extérieur. Les connaissances qui sont produites aident à faire avancer des carrières universitaires, ou les échanges sur les politiques internationales, mais les communautés locales n’en retirent presque rien. À l’extrémité collaborative du spectre, il y a un scénario où les expériences et les intérêts locaux jouent un rôle central dans la conception et la mise en œuvre d’activités précises, qui, à leur tour, permettent de produire de connaissances qui ont de l’importance pour les communautés dont elles proviennent. Cela ne veut toutefois pas dire que les voix locales doivent se limiter à exprimer les préoccupations locales, puisque la collaboration devrait idéalement permettre de définir les conditions globales des échanges et des programmes d’action plus généraux.

Dans le souci d’approfondir ces questions essentielles et délicates, les auteur-e-s de cette série de billets se penchent sur le pouvoir et la positionnalité ; les méthodes de recherche relationnelle et participative ; les approches de la participation d’enfants dans la recherche ; la projection de films avec facilitation ; le consentement éclairé et la confidentialité ; et le soutien psychosocial aux participantes et participants. Parmi d’autres thèmes importants abordés par les collaboratrices et collaborateurs, mentionnons le défi de la recherche sur les institutions juridiques ; l’éthique et la politique de la recherche sur la violence sexuelle et fondée sur le genre ; et la protection et la sécurité des chercheuses et des chercheurs. La sécurité des ONG partenaires de notre recherche, dont on parle rarement, est de la plus grande importance. Ce qui est le plus important, c’est qu’il n’y a aucun scénario où les rapports de pouvoir et les formes de privilège ne jouent pas un rôle fondamental. « Nous » ne pouvons pas nous attendre à faire face ces types de difficultés de la même manière.

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